Nous étions encore il y a 2000 ans, comme le reste des sépharades dans le monde, des juifs expulsés d’Espagne, au nord du Maroc, séparés de notre chère patrie seulement par le Détroit de Gibraltar.

Le 30 mars 1492, Ferdinand d’Espagne et Isabelle la catholique décident que, le 30 juillet suivant, il ne devra plus rester un seul juif dans leur royaume d’Aragon et de Castille ainsi que dans les îles de Sicile et de Sardaigne.

Et le mardi 31 juillet 1492, c’est 200 000 personnes qui s’expatrient vers le Maghreb.

C’est ici qu’ont vécu mes ancêtres BEN ZAKEN expulsés d’Espagne il y a 4 siècles.
Ils ont été expulsés vers 1500 et dirigé vers Tétouan jusqu’à leur départ pour Oran en 1860.

Mon arrière grand père Moïse Ben zaken avait 8 ans en 1860.

 Livret Moïse Ben zaken avec la date de naissance et le lieu Riff mais pas de de mention Tétouan.


 Voici Tétouan dans le Rif nord marocain, une rue du quartier juif (Judería) au début du XXe siècle.

En 1860, nous avons vu débarquer, à Tétouan, Tanger, Ceuta et Melilla, des Espagnols à cheval et en uniforme.qui venaient faire leur guerre d’Afrique…

Ils découvraient, les yeux grands ouverts d’étonnement, de vieux juifs, pour la plupart très pauvres, qui parlaient très peu l’arabe, mais un espagnol archaïque qu’ils écrivaient en lettres hébraïques cursives, pour rédiger les procès-verbaux des comités directeurs de leurs communautés, les sentences des tribunaux rabbiniques et les lettres à leurs banquiers Hassan ou Pariente de Tanger.

Manuel Ortéga dans son ouvrage « Los Hebreos de Marruecos » (Les hébreux du Maroc), les décrit très bien, dans le style d’Angel Pulido, le sénateur espagnol qui, au siècle dernier, consacra sa vie à la défense des juifs sépharades :

« Pinhas Asayag, uno de los hebreos tange-rinos mas cullos de la época moderna, expresa el espanolismo de los israelitas marroquies con unas palabras entusiaslas… Somos aqui espanoles en todo…en nuestros gustos ,impre-siones, exaltaciones y sentimientos. Somos espanoles par vocacion, par lemperamento y par simpatias; en nueslras venas circula san-gre espanola ; pensâmes en espano! y sentimos de igual modo; algunas de nuestras oraciones las hacemos en espanol…Espana es nueslra patria, es la lierra bendita donde descansan los restas de nueslros antepasados.y es natural que sinlamos par ella carino y veneracion. Hasta en la hora de la muerte resplandece el amor a la patria perdida, pues el cementerio Ilamado de Castilla, en Tetuan, es mostrado con orgullo par los sefardies a los exIran jeros. El Cementerio de Castilla !… En tierra africana se halla ese trozo de tierra bautizado con el nombre legendario de Castilla, pre-gonando el amor de unos espanoles a Espana, amor que no han entibiado las persecuciones ni los desprecios, parque es un amor mas fuerte que la voluntad de los nombres : es el amor del hijoa la madré. »

Autrefois une importante communauté juive habitait le quartier du mellah et la ville de Tétouan.


Cette synagogue de trois étages niché dans les ruelles du mellah de Tétouan abrite l’une des nombreuses synagogues qui étaient de servir la communauté juive de la ville.

 Ensuite est arrivé le protectorat espagnol au Maroc.

Nous sommes alors redevenus des Espagnols modernes, et les Espagnols du Maroc se sont, de leur côté, empreints de notre culture et de nos us et coutumes.

Un peu de l’Espagne d’avant 1492 était redevenu une réalité dans le Maroc espagnol. Nous nous sommes mis alors à appeler nos enfants Miguel, Alberto, Fortunato, Estrella, Sol, Alegria.

Nous apprîmes à lire, à écrire, et à vivre, avec nos frères espagnols, dans les écoles espag­noles telles que le « Collegio de la Esperanza » à Tétouan, ou le «Colegio Alfonso XIII » à Tanger.

Tétouan la rue des Juifs.

 Nos habitudes sont devenues totalement es­pagnoles.

A l’occasion de nos fêtes, nous organisions des «verbenas»; nos sorties étaient souvent pour aller manger des « tapas « ; nous avions adopté la cuisine moderne espagnole, tout en conservant celle que nous avions apportée de l’Espagne d’avant 1492.

Nous écoutions «la novela » à la radio, fré­quentions les « circulos récréatives » es-pagnols, la « hipica », les concerts de Machin et de Antonio Molina. Nous apprécions et al­lions massivement voir les spectacles de « zarzuela » et de « cante jonto » qui venaient faire des tournées dans nos villes.

Même les journaux et périodiques des communautés juives étaient rédigés en espagnol moderne. Et puis symbole caricatural de l’intégration totale à l’Espagne, nous sommes même allés jusqu’à avoir un toréador juif : « El Momi – Salomon : Elmomi. »

Il fallait le voir, El Momi, traverser les rues de Ceuta pour se rendre aux arènes, porté par ses « aficionados », et suivi par d’autres, qui brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : El pueblo judio por fin tiene torero: EL MOMI – (le peuple juif a enfin son toréador: EL MOMI). Il paraît qu’il faisait fureur, à l’époque, aux Arènes de Ceuta.


Nous n’étions plus des « Espagnols sans patrie », comme ceux qu’avait décrit Angel Pulido, car nous étions redevenus des Espagnols à part entière, y compris dans la titularité du passeport, comme ce fut le cas de ma propre grand-mère. Juifs, arabes et Espagnols catholiques vivaient ensemble dans la plus grande tolérance, le respect mutuel et l’harmonie.

Habitants juifs de Tétouan vers 1850.

 Il faut également préciser que nous avions reçu une importante et bénéfique influence culturelle marocaine, outre la protection du Royaume du Maroc.

Fruit de cette symbiose entre les trois peuples et les trois cultures, notre savoureuse langue judéo-hispano-arabe, la « haquetia », réalise un merveilleux et attachant amalgame d’Orient et d’Occident.


Les Espagnols catholiques et les Marocains musulmans venaient à nos fêtes, nous appréciaient, devenaient des amis intimes, et commençaient même à prendre les habitudes et les traditions juives; nous oserions aller jusqu’à dire que nous avons même « sépharadisé » un peu les Espagnols et les Marocains.

Et puis vint la fin du protectorat, et les juifs espagnols marocains se retrouvèrent à nouveau quelque peu orphelins, face à un Maroc qu’ils ont considéré, à tort, relativement hostile en raison du conflit israélo-arabe.

Commença alors encore une nouvelle dias­pora des juifs espagnols marocains vers l’Espagne péninsulaire, le Venezuela, l’Argen­tine, le Mexique, le Canada, la France, et, bien sûr, Israël.

Tous ces juifs, au cours de ces 30 ou 40 dernières années, sont restés Espagnols, intégrés dans les pays d’accueil, mais assimilés à la sensibilité espagnole.

Les costumes d’apparat de cérémonie des femmes juives des villes du Maroc autrefois est appelé Kesoua el kbira (grande robe en arabe) ou traje de berberisca (costume berbère en espagnol) ou ropas de pagno, à tetouan.


En Israël on les appelle encore aujourd’hui, «les Espagnols», et non pas les sépharades. En Espagne nous sommes totalement des Espagnols.

Lorsqu’en France ou ailleurs, nous rencontrons des Espagnols. et surtout des Espagnols qui ont vécu au Maroc, les affinités et l’amitié sincère surgissent immédiatement. Mais nous ne sommes pas des nostalgiques ; nous ne vivons pas sur le souvenir du passé, car nous continuons à vivre comme des Espagnols.

Mabbatt veut dire en hébreu : regard vers le passé, le présent et le futur, sur tout ce qui, en nous est hispanique et oriental. C’est une association qui œuvre pour préserver ce patrimoine auquel nous sommes attachés et pour que nos enfants ne perdent pas cette sensibilité et cette culture qui sont les nôtres.

Les tombes du vieux cimetière Juif de Tetouan.

 Le cimetière de Tetouan étudié par Vilar Ramirez nous donne des indications précieuses.
La ville de Tetouan détruite par une expédition punitive d’Henri III de Castille vers 1400 a ete reconstruite 90 ans plus tard par des émigrants hispano musulmans diriges par Sidi Almandri venu du royaume moribond de Grenade.

Avec Almandri sont venus quelques juifs, mais aussitôt après l’expulsion de 1492 plusieurs milliers de juifs castillans sont venus à Tetouan. Cependant la communauté ne s’est organisée qu’après la venue du rabbin Haim Bibas de Fez lui-même originaire d’Espagne.

Une vie juive brillante s’organise avec yeshivot, juristes etc… Haim Bibas reçoit une sépulture dans le fameux cimetière castillan. Dans ce cimetière comme son nom l’indique étaient ensevelies les populations d’origine espagnole, pourtant les tombes sont en tout point semblables présentées sous une forme anthropomorphe comme toutes celles du cimetière. Une autre tombe anthropomorphe est datée du XVe siècle, elle est épigraphique et porte le nom de Grand sage Abraham Amran.


Donc à Tetouan depuis 1492, Megorashim et Toshabim sont enterrés de la même façon.

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3 COMMENTS

  1. Tres bon doc mais de nombreux Juifs viennent d’Egypte et non d’Espagne comme ils le croient.
    Les jeunes juifs égyptiens en quête de nouveautés considéraient le Maroc Tél une terre promise, un Eldorado oû la conquête et la richesse sont possibles…

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