Diaspora juive

Les juifs de Cochin

Cochin est un port situé sur la côte occidentale de l’Inde. Une légende veut que la première installation des juifs en Inde remonte au roi Salomon; c’est la Bible qui renferme la première mention de juifs en relation avec l’Inde: le Livre d’Esther cite un décret d’Assuérus concernant les juifs dispersés à travers son empire « de Hodu (Inde) à Kush (Ethiopie). »

La plus ancienne trace de colonies juives permanentes, se trouve sur 2 plats en étain déposés dans la principale synagogue de Cochin.

Ils racontent – en langage tamil- les privilèges accordés au 4° siècle, à un certain Joseph Rabban par le gouverneur de Malabar.Ce dernier leur attribua le village de Anjuvannam , ce qui signifie « les 5 castes ».

Des voyageurs juifs et musulmans du 12° siècle, décrivent des colonies juives autour de Cochin: la principale communauté se trouvait à Cranganore, au Nord de Cochin; les juifs y servaient  » d’escale » avant d’atteindre la communauté juive de Chine.

En 1167, Benjamin de Tudela parle de 1 000 juifs sur la côte de Malabar, qui sont » noirs » comme leurs voisins et respectent la Loi.

Les juifs ont prospéré à Anjuvannam pendant plus de 1 000 ans après le don des 2 plats d’étain. Puis, avec l’extinction de la lignée des Rabban , des dissensions ont surgi entre 2 frères d’une famille noble. Des princes voisins en ont profité pour intervenir et déposséder les juifs.

En 1341, les 2 frères se sont réfugiés à Cochin avec leurs amis et ont bâti la synagogue Kochangadi. En 1524, les Maures ont attaqué les juifs qui restaient à Anjuvannam, brûlant leurs maisons et leurs synagogues. Finalement, les juifs désertèrent leur ancienne colonie et s’enfuirent à Cochin qui restait sous protectorat indien.

Des exilés espagnols et portugais arrivèrent après l’Inquisition: d’autres encore fuyant les persécutions au Moyen-Orient. En 1560, craignant encore les Portugais, les juifs cherchèrent la protection du rajah de Cochin, rapidement appelé le »roi des juifs » par les Portugais. Grâce à lui , les juifs purent survivre; il leur donna en 1565 , une bande de terre près de son palais et en 1568 leur permit de bâtir une synagogue.; il nomma un chef héréditaire parmi les juifs et leur accorda certains privilèges.

Cette situation s’est maintenue sous d’autres rajahs et même sous l’autorité des Hollandais et des Britanniques.

La famille Hallegua, qui détient encore ce titre, continue à jouir d’une certaine influence à Cochin.

En 1940, il y avait environ 2 500 juifs près de Cochin. Aujourd’hui, des 5 500 juifs restant en Inde, 22 vivent à Cochin.

Lors de l’indépendance de l’Inde en 1947, la plupart des juifs de Cochin ont fait leur alyah; ceux qui sont restés , étaient les plus aisés. Les juifs de Cochin étaient historiquement divisés en 2 principales communautés, les Juifs Noirs ( 85%) qui se considéraient des decendants des premiers habitants de Cochin et les Juifs Blancs ou Paradesim dont les ancêtres venaient d’Europe et du Moyen-Orient.Il y avait aussi quelques Juifs Marrons, descendant d’esclaves affranchis.

La communauté n’a plus de rabbin; c’est le plus âgé qui peut conduire la prière.

Ils ont adopté de nombreuses coutumes hindu ( on entre dans les synagogues, les pieds nus), ils ont aussi établi un système de castes impliquant des mariages entre personnes du même groupe; ces divisions entre juifs ont commencé à s’estomper après 1948.

Les mariages se font toujours par « chidukh » et les couples mariés vivent chez les parents du mari.

Les femmes juives portent une petite marque au milieu du front, le Bindi, mais seulement pour suivre la mode, alors qu’auparavant , cela indiquait leur statut marital.

Le secret de la tolérance indienne réside dans la croyance hindu qui accorde la légitimité à tous les groupes culturels et religieux.

Poème d’un rabbin espagnol du XIVe siècle

« J’ai quitté l’Espagne
Car j’ai entendu que dans la cité de Cranganore
Régnait un Roi Juif
J’ai réalisé mon rêve
J’ai pu le voir et lui parler ».

Histoire des juifs de Cochin par Herbert Israël

De mon voyage en Inde en 1987, j’ai ramené ce réci td’un judaïsme lointain et auréolé de mystère, celui de Cochin,ville à la synagogue aux faïences bleues de chine et aux quatre castes.

Ezra Kolek, président de la petite communauté juive de New Delhiet conteur émérite, accompagné de son épouse en sari de soie brodée, me fit une narration pleine de poésie, de souvenirs et de légendes. Il a remonté le cours des siècles, a échafaudé et contredit de multiples hypothèses. La réalité est sans doute un mélange à parts égales de ces incursions dans la mémoire.

Les Juifs de Cochin, ville portuaire sur la côte est de l’Inde, leur culture et leur langue, dans leur diversité, sont un microcosme du peuple juif.

On y retrouve, après l’exil et l’errance des premiers arrivés, les traces de ceux qui les ont rejoints, siècle après siècle. Ils ont tous traversé le monde, empruntant les routes des caravanes et des navigateurs, et ont pris appui et réconfort auprès des communautés des villes étapes.

Les Juifs de l’aventure ou de la dispersion après la dispersion, ont été accueillis avec bonté et chaleur par les rajahs indiens.

Après plus de mille ans d’existence paisible au Cranganore sans aucune persécution, les Juifs sont rejoints par la vindicte et la haine des Portugais messagers de l’intolérante église catholique.

Plus tard, leur âge d’or, comme en même temps en Europe, coïncidera avec celui de la conquête hollandaise.

Les Juifs de Cochin parlent entre eux le malojalam, mélange d’espagnol, d’hébreu, de tamoul et de hollandais.

Il est déjà fait mention, lors du règne du roi Salomon, des flottes parties en Inde et en Chine ramener de l’or, de l’argent, de l’ivoire et des paons. Cinquante ans après J.C., l’apôtre Saint-Barthélémy voyage jusqu’au Konkan pour évangéliser les Juifs qui y habitent, puis Saint-Thomas en fit autant auprès des Juifs de Malabar. Ceci confirme la présence de communautés juives déjà disséminées en Inde dès les premières années de notre ère.

En 370 après J.C., 1.700 Juifs, chiffre vraisemblablement amplifié au cours des siècles, quittent l’île de Majorque pour Cochin. C’étaient les descendants des captifs amenés en Espagne par Titus, après la destruction du 2ème Temple.

En 449 après J.C., ils sont rejoints par les passagers d’un autre grand bateau, venant également de Majorque. Les ateliers juifs de cartographie de Majorque étaient célèbres pour leurs connaissances des routes de l’Asie et de l’Afrique, et leurs cartes portaient des annotations secrètes en un hébreu hermétique. Les marchands juifs sillonnaient alors les mers et rapportaient des Indes et de Chine, musc, aloès et camphre.

En décidant leur départ pour cette destination lointaine, les Juifs de Majorque s’étaient assurés vraisemblablement relais, contacts et amitié de leurs coreligionnaires d’Inde.

Les Juifs sépharades de Majorque, nos lointains cousins, formeront l’essentiel d’une communauté qui, sous l’influence des coutumes locales, se structura en une caste blanche, donc noble, les Gora, par opposition aux Juifs indigènes, appelés Juifs noirs, devenus d’après les critères locaux une caste inférieure,les Kola.

Les documents relatant cette migration héroïque seront malheureusement brûlés dans l’incendie de la synagogue et du quartier juif de Cochin par les Portugais, au XVIe siècle.

D’autres Juifs, au cours des âges, viendront rejoindre les Gora, essentiellement d’Egypte et du Yémen, mais aussi de Jérusalem,de Safed, d’Alep, de Damas, d’Allemagne, de Perse, d’Iraq.

L’Inde a su transformer, par la rigidité de ses coutumes, tout enle protégeant, ce judaïsme hétérogène.

Dans la synagogue « Pardeshi » de Cochin, deux plateaux de cuivre, datant du Xe siècle, mentionnent les droits accordés par le Rajah de Cochin, Cheranperumal au chef de la communauté de l’époque, Joseph Rabban, un dignitaire originaire de Babylone. Il lui était conféré des honneurs princiers héréditaires, le droit et la propriété de la terre d’Anjuvannam et de la cité de Cranganore.

Du Xe au XIIe siècle, les relations des Juifs de Cranganore avec les communautés d’Europe et du bassin méditerranéen sont suivies et régulières.

Dans leur majorité, les Juifs de Cochin font le commerce du poivre et des épices.

Le grand voyageur Benjamin de Tulède leur rend visite en 1167 à Quilom, sur la côte de Malabar, et parle de plusieurs milliers de Juifs à la peau sombre.

En 1293, Marco Polo les mentionne dans le récit de ses voyages.

En 1524, des navigateurs d’Arabie Séoudite débarquent sur la côte de Cranganore et pillent et détruisent leurs maisons et leurs synagogues. Les survivants se réfugient à Cochin, la ville voisine, où le Rajah leur donnera des terres contiguës à son palais. Il les protègera par la suite de son mieux des attaques des Portugais.

Les Juifs construiront une nouvelle synagogue, la « Pardeshi » (l’étrangère) et prendront les armes à côté des Indiens d’abord, puis des Hollandais, contre les Portugais. Néanmoins, ils ne combattront jamais le shabbat.

Intérieur de la synagogue des paradesi de Cochin

En 1663, les Portugais brûlèrent la synagogue Pardeshi et massacrèrent un grand nombre de Juifs. Le souvenir de cette catastrophe est toujours présent dans la mémoire de leurs descendants.

Cette succession de guerres avec les Portugais fera que la population juive de Cochin, à la suite de ses pertes en vies humaines, n’excédera jamais 2.500 habitants.

A partir de 1665 et jusqu’en 1705, l’occupation hollandaise encouragera et facilitera la réussite et la splendeur de la communauté de Cochin. Beaucoup de Juifs deviendront armateurs, agents commerciaux, hommes de confiance de grands marchands hollandais.

En 1686, les Juifs d’Amsterdam envoient une délégation de quatre rabbins conduits par Moses Pereira de Païva. Ils apportent avec eux des livres de prières et des sépharim.

Il existait à Cochin une autre communauté, celle des Juifs noirs, les Kola, une caste inférieure aux métiers modestes.

Qui sont-ils? Tout, à leur sujet, est controversé : ou bien ce sont les descendants de 25 esclaves noirs d’un riche Juif blanc qui les libéra et les instruisit dans le judaïsme, ou bien ce sont les descendants des dix tribus perdues, ou bien ce sont les enfants des exilés de Babylone dispersés dans l’immensité de l’empire perse qui s’étendait jusqu’aux frontières de l’Inde, ou bien c’est l’antique communauté venue en Inde après la destruction du 2e Temple par Titus, 70 ans après J.C.

Une chose est sûre, au XVIe siècle, un système rigide de castes est déjà en place, comme dans le reste de l’Inde.

Il n’y a pas de mariage possible entre Juifs blancs et Juifs noirs. Ces derniers ne seront admis dans les synagogues blanches qu’en 1932. La seule exception était faite le jour de Simhat Tora. Leur couleur de peau était identique, mais une première différenciation basée sur on ne sait quel critère, s’est perpétuée en prenant valeur d’absolu et de définitif.

Ce qui complique les choses, c’est que Juifs blancs et Juifs noirs ont eu des esclaves appelés « mesharim », qu’ils affranchirent et qui formeront à leur tour deux autres castes inférieures, avec chacune sa propre synagogue. Les Juifs blancs les nommeront « les esclaves des esclaves ». Le rabbinat de Jérusalem confirmera la judéité de ces derniers en 1882, après une immersion symbolique dans un bain rituel.

 

Les Juifs noirs et les esclaves affranchis des deux castes seront d’ardents sionistes qui émigreront en masse en Israël en 1951.

En 1700, les Juifs de Cochin apprennent l’existence d’une population rurale juive, les B’nai Israel, qui habitent des villages de la région de Konkan, sur la lointaine côte ouest de l’Inde, non loin de Bombay.

En 1768, durant la conquête hollandaise, ils avisent la communauté mère d’Amsterdam
d’instruire les B’nai Israel dans la religion.

En 1813, les B’nai Israel seront redécouverts par les missionnaires catholiques qui leur apprennent l’hébreu et leur traduisent la Bible. Ces mêmes B’nai Israel sauront refuser par la suite, avec une intuition prémonitoire, la conversion prônée par les missionnaires.

Les Juifs blancs de Cochin leur enverront, une fois de plus, des rabbins et des hazzanim. Puis, lorsque ces derniers, en trop petit nombre, feront défaut, ce seront des rabbins et hazzanim « noirs », et encore d’autres rabbins de la caste la plus inférieure, celle des anciens esclaves des noirs et des blancs, qui partiront à leur tour.

Ils introduiront avec un étrange mimétisme leur propre différenciation de castes, toujours le blanc et le noir, parmi les B’nai Israel. Les blancs se réclameront d’une filiation directe depuis 732 des tribus d’Asher et de Zébulon. Les noirs, eux, seraient issus de mariages exogames, avec des femmes indigènes. Pourtant, ces deux castes plus récentes, seront moins sectaires et vivront en bonne intelligence.


En 1796, avec l’occupation britannique, l’importance de la communauté juive de Cochin décroît. Les Anglais verrouillent à leur profit les postes clés du commerce international. De plus, Cochin n’a pas été amenée à s’industrialiser comme Bombay et Calcutta.

Quelques Juifs blancs partiront alors rejoindre les Boghdadiens de Bombay, de New Delhi et de Calcutta.

 

Il y avait 2.500 Juifs à Cochin en 1945, 370 en 1951, 112 en 1971, 50 en

1982, et 20 en 1992.

En 1968, la communauté restante célébrera en grande pompe le 400ème anniversaire de la synagogue Pardeshi. Cette communauté de Cochin n’aura étrangement jamais compté parmi les siens, ni Cohen, ni Levi.

A la création de l’Etat d’Israël en 1948, les Juifs de Cochin demandent à bénéficier de la loi du retour.

En 1949, un premier groupe de jeunes part vivre dans des kibboutzim.

En 1951, la communauté de Cochin vend une grande partie de ses biens et fiance intégralement le départ des olim.

En 1954, 53 familles, la presque totalité de la population restante, les rejoindront en Israël.

L’expérience israélienne de la communauté de Cochin est unique et passionnante.

Groupés et unis, les habitants de Cochin s’installent à Nevatim, un moshav à 8 kilomètres au sud de Bersheba, abandonné par ses premiers colons. Les débuts des Cochinois sont difficiles. Il y a pénurie d’eau et ils ne connaissent rien aux travaux de la ferme. Il n’y avait jamais eu de tradition agricole juive en Inde mais seulement une longue habitude du commerce et de l’artisanat.

La réussite, après de multiples essais et tâtonnements, est finalement éclatante et ce moshav se spécialise dans la culture et l’exportation des fleurs. Récemment, les moshavnickim de Nevatim se sont déplacés dans tout Israël pour faire bénéficier de leur expérience de nouveaux horticulteurs. Ce moshav a créé son musée avec des photos, des livres, des objets, des habits de mariés. Ils ont voulu que les nouvelles générations puissent se souvenir de quinze siècles vécus en Inde et de l’amitié du peuple indien.

A côté de ce musée, une synagogue abandonnée d’Ermakulam (au sud de Cochin) a été reconstruite avec l’ensemble des boiseries, de l’Ekhal, de la Teba, des décorations, des sépharim et des lampes à huile. C’est la réplique parfaite de l’originale et elle est visitée par des touristes de tous les pays.


La petite communauté de Cochin a réussi son intégration tout en restant groupée et solidaire.

Mon enfance a été bercée par les récits de voyages en Inde. Mon grand-oncle, Joseph Israël, me racontait comment il était parti en Inde d’abord, puis au Japon. Il avait alors emporté des lettres de recommandations pour les communautés avec qui son grand-père, Rabbi Yom Tov Israël, grand rabbin d’Egypte, avait entretenu des liens d’amitié.

Un autre grand-oncle maternel, Léon Horstein, était parti lui pour Bombay, où il était devenu un richissime joaillier vers les années 1900. Sa famille ne l’avait revu qu’une seule fois : lorsqu’il était revenu pour se marier à Alexandrie. Il avait alors offert à son épouse une somptueuse parure d’émeraudes, digne d’une maharanée.

Dans l’histoire des Juifs de Cochin, qui s’est poursuivie pendant plus de 15 siècles, il y a des périodes d’ombre. Après la destruction des synagogues et documents qui s’y trouvaient, par les Arabes d’Arabie Séoudite et par les Portugais, presque tout ce que l’on sait est fait de tradition orale.

Le peuple juif doit remercier l’Inde pour son hospitalité et sa tolérance à l’égard des fidèles d’une religion autre que la sienne.

Si seulement l’Eglise en avait fait autant, au lieu des vindictes de la haine et du mépris dont nous avons été l’objet pendant 20 siècles, et cela au nom d’un Juif appelé Jésus qui, comme nous tous, était un « bnei Adam » (fils de l’homme).


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