Tout ce que M. S. Poznaiiski a écrit touchant le nom de Jésus avait déjà été exposé il y a plusieurs années. J’avais accordé l’attention qu’elles méritent à la forme arabe et aux tentatives d’explication dont elle avait été l’objet. J’avais mentionné le porteur de ce nom à l’époque musulmane : Aboû ‘Isâ al-Isfahâni.

Aujourd’hui, si M. Poznanski a raison de restreindre la portée de l’assertion de Steinschneider, d’après qui aucun Juif n’aurait reçu le nom de Jésus à l’époque islamique et s’il faut lui savoir gré d’en avoir cité trois exemples, je dois, à mon tour, restreindre l’affirmation de M. Poznanski, qui croit que le nom de Jésus ne se rencontre plus chez les Juifs depuis l’ère chrétienne, en montrant que ce nom, tout en étant fort rare, n’a pourtant pas entièrement disparu.

A l’époque post-exilique on ne trouve plus «Yehoschoua » (Josué), mais «Yeschoua » (Jésus).

D’une manière générale, les livres d’Ezra et de Néhémie ne contiennent que la forme «Jésus » ; il en est de même des Chroniques, quand il s’agit de personnages postérieurs (I, xxiv, 41 ; II, xxxi, 15). D’où vient ce changement? Ou bien le nom si commun de Josué s’usa, comme il arrive souvent aux noms propres, et s’affaiblit en Jésus, ou bien la crainte de prononcer le nom divin, qui constitue le premier élément de «Josué » (Yeho), a contribué à faire prononcer et écrire ce nom sous une forme inoffensive.

On peut admettre sans hésitation le second motif pour l’époque qui a vu naître la Septante.


C’est ainsi que les traducteurs grecs, depuis «Jésus » flls de Noun (Josué – Yehoshoua), écrivent toujours «Jésus » Yeshoua. Tous les personnages qui nous sont présentés dans cette période portent le nom qui nous occupe sous la forme «Jésus – Yeshoua »

C’est ainsi qu’auront été appelés dans la vie ordinaire les nombreux personnages, de corps sacerdotal surtout, qui ont porté ce nom à la fin de la période hasmonéenne et hérodienne.


Dans l’Index de l’édition de Josèphe par Niese, on ne trouve pas moins de quatorze porteurs de ce nom, sans compter Jésus-Christ, depuis l’époque maccabéenne jusqu’à la destruction du Temple.

Quelques-uns d’entre eux appartiennent déjà par la date de leur naissance à l’ère chrétienne, d’où il faut conclure qu’au début de cette ère au moins, ce nom était usité chez les Juifs. D’ailleurs, il y a là rien de surprenant, car le christianisme qui venait seulement de naître ne pouvait pas le faire disparaître tout d’un coup ; il fallait plus de temps.

Même dans l’onomastique rabbinique nous trouvons encore à cette époque reculée des personnages du nom de Jésus:

  • Io Yohanan b. Yeschoua, flls du beau-père de R. Akiba (M. Yadayim, m, 5) ; cette parenté permet de le dater avec assez de précision  ; on voit que nous sommes passablement avancés dans l’ère chrétienne. —
  • Yescboua frère de Dorai (j. Moed Katon, m, S, 82c, 1. 30) 2. On ne peut préciser l’époque, mais ce Jésus doit avoir vécu également à l’époque chrétienne.
  • Jésus, surnommé Justus, explicitement désigné comme né «dans la circoncision » (Goloss., IV, 11). Ce nom fournit en même temps un exemple de la manière dont on échangeait, pour le grand monde, un nom hébreu contre un nom consonant.

Dans des inscriptions grecques on trouve Ιησούς dans quatre cas, dont une fois sous la forme Ίεσέ ; les porteurs de ce nom peuvent être revendiqués par le judaïsme, car des chrétiens ne se seraient pas donné le nom de leur Christ. La forme Ίεσε peut, du reste, correspondre à ·ηζτ, Ίεσσαι, nom du père de David, quoique nous ne puissions pas prouver par d’autres exemples l’existence de ce nom, et on peut se demander s’il ne s’est pas produit une confusion entre ‘Ιησούς et Ίεσσαι4.


Jésus, «le fils de David », peut, en un certain sens, être désigné comme «Isaï » (Jessé), et de toutes les explications qu’on a proposées de la forme arabe lIsâ, l’hypothèse d’une confusion avec «Isaï » me paraît encore la meilleure.



Il n’est pas besoin de songer à une confusion entre les noms de «Jésus » et de Isaï : c’est Jésus même qu’on prit pour «Isaï », de même que· Miriam, la mère de Jésus, fut identifiée avec la sœur de Moïse.

Encore une observation.

Le surnom arabe Abou-l-Faradj Four-kân que porte le caraïte Yeschoua b. Yehouda trahit déjà une influence chrétienne, car «Faradj » et «Fourkân » ne supportent qu’une interprétation messianique.

Ces noms peuvent avoir pénétré des Chrétiens de Syrie chez les Arabes; le mot syriaque est un mot des plus courants et rappelait au Chrétien de Syrie son Sauveur.

Les noms formés décèlent la même influence, et les Juifs ont seulement témoigné d’idées particulièrement libres en prenant les noms de «Natira », «Natronaï ».

Il est vrai que dans leur pensée ces mots n’avaient pas tout à fait la même signification que chez les Syriens ; le Juif attendait la délivrance, le Chrétien la parousie.


M. Bacher s’est déjà étendu sur le caractère messianique de ces noms.

Extrait d’un texte de Samuel Krauss


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