Diaspora juive

Les Juifs à Paris sous Louis XV – Nation marginale, population dangereuse?

Depuis l’ordonnance royale du 17 septembre 1394, confirmée le 23 avril 1615, les Juifs sont officiellement exclus du royaume de France.

Pourtant, maintes régions tolèrent leur présence et en tirent même profit.

Tel est le cas de la Guyenne qui renouvelle en 1550, 1656 et 1723 les lettres patentes délivrées aux Juifs dits Portugais [1], des trois Évêchés (Metz, Toul et Verdun) depuis 1552, de l’Alsace rattachée au royaume sous Louis XIV après la guerre de Trente Ans, enfin de la Lorraine après le traité de Vienne de 1735 [2].

Quelques familles, notamment à Bayonne et à Bordeaux, jouissent des mêmes droits que les régnicoles [3] et peuvent s’installer dans les villes du royaume, y compris Paris, posséder des biens immobiliers et se livrer au commerce moyennant l’obtention d’un certificat du syndic de leur communauté d’origine.

Mais tous les autres Juifs, considérés comme « aubains », ont un statut semblable à celui des étrangers, et doivent, à ce titre et pour chaque voyage, être munis d’un passeport agréé par l’intendant, par le gouverneur ou par la municipalité.

Aussi, en principe interdite aux Juifs, la ville de Paris ne peut-elle pas tout à fait empêcher, sous la Régence puis sous Louis XV, la venue de certains d’entre eux obligés, pour des raisons surtout professionnelles, d’y résider plusieurs mois.

Ils sont alors munis du certificat de leur syndic ou d’un passeport.

D’autres parviennent à y vivre de façon clandestine et à y tenir commerce en déjouant les contrôles. Tous cependant sont considérés, du fait de leur appartenance à la nation juive [4], comme des marginaux susceptibles de troubler la sûreté publique pour faits de vagabondage et « friponneries ».

Qu’ils soient « Allemands », « Portugais », Avignonnais et étrangers venus d’Europe et parfois d’Orient, ils sont avant tout des Juifs au regard de la loi et forment une nation particulière.

Au même titre que les autres étrangers, les comédiens et les prostituées, ils font l’objet d’une surveillance spécifique de la police.

Toutefois, quelle est la nature des transgressions, réelles et imaginaires, qui leur sont reprochées? Comment s’exerce, au cours du XVIIIe siècle, la répression à leur encontre dans la ville en pleine évolution?

Interdire Paris aux Juifs : une règle illusoire

Depuis sa création en 1667, la lieutenance générale de police est gardienne « de la sûreté, de la subsistance et de la police des habitants de la capitale [5]».

Elle contrôle les migrants et les lieux d’accueil. À cet effet, un passeport est exigé des étrangers à partir de 1669 et, dès 1711, les ressortissants des nations ennemies sont davantage soumis à un contrôle sévère, sous peine d’être relégués du royaume. Quant aux « aubains », un sauf-conduit garantit leur libre circulation vers 1724 [6].

À partir de 1740, le lieutenant de police, secondé par 40 commissaires et 20 inspecteurs dans les vingt quartiers de la capitale, est un administrateur responsable devant le seul Roi, pouvant user des lettres de cachet [7].

Tandis que les commissaires s’occupent principalement des affaires sur le plan judiciaire, les inspecteurs constituent une police très active, secondée et assistée par des informateurs, les hommes du guet (surtout pour les emprisonnements) et la garde de Paris. Ils sont en réalité les « maîtres souverains des affaires », car le lieutenant de police vérifie rarement leurs informations et se fie entièrement à leur jugement [8]. Aussi, tout au long du XVIIIe siècle, l’arbitraire est-il de règle [9]

Sous la Régence, la trentaine de Juifs qui résident à Paris – un groupe insignifiant dans cette ville de quelque 500 000 âmes – inquiètent déjà les lieutenants de police, plus particulièrement Marc-René d’Argenson et Louis-Charles de Machault, qui font vérifier par leurs inspecteurs la légalité de leur situation [10]

Leur successeur très zélé, le lieutenant Gabriel Teschereau de Baudry, en fonction depuis 1720, se montre plus sévère encore, sans doute alarmé par la venue à Paris de nombreux étrangers soupçonnés d’être des espions à la solde de l’Angleterre et de la Prusse.

La banqueroute provoquée par le système de Law le porte aussi à surveiller davantage les Juifs, notamment les banquiers et les agioteurs réputés tels.

Des contrôles plus réguliers ont lieu en 1719, date à partir de laquelle l’un des inspecteurs est principalement chargé de surveiller les Juifs.

Un dénommé Tisserand effectue souvent des visites nocturnes dans les hôtels garnis du quartier Saint-Martin où les « Allemands ont leurs habitudes ». Ces derniers, de condition très modeste, font l’objet d’une attention particulière de la police, toujours soucieuse de lutter contre les vagabonds et les Juifs « suspects [11]».

Les commissaires vérifient presque quotidiennement les livres des logeurs où sont consignés les noms, états et domiciles ordinaires des nouveaux arrivants [12].

Au printemps 1721, Teschereau de Baudry réclame du Régent des mesures plus fermes pour « ne laisser aucun Juif dans Paris sans passeport » car, à l’en croire, ils commettraient des « friponneries » en recelant et en achetant des effets volés [13]».

De fait, le Régent l’autorise, le 6 mai, à « chasser sur le champ » les contrevenants et à les emprisonner en cas de désobéissance. Teschereau de Baudry passe aussitôt à l’action.

En 1721, 6 Juifs sont arrêtés pour absence de passeport et 3 pour dettes ou refus de payer des gages.

Avant d’être relégués de Paris, ceux qui ne peuvent produire les documents administratifs requis sont emprisonnés au Grand Châtelet et au For-l’Evêque.

L’un d’entre eux, Isaac Simon, accusé à tort de fraude sur des paiements mais incapable de prouver son innocence, entre cependant à la Bastille le 13 octobre. Son fils Samuel, venu soutenir son père mais dont la police estime que les documents en sa possession ont été falsifiés, est embastillé à son tour en janvier 1722.

Le père et le fils restent emprisonnés jusqu’en avril 1724, puis sont relâchés faute de preuves, et enfin relégués du royaume [14].

À la faveur de leurs enquêtes dans les garnis, les lieutenants de police qui succèdent à Teschereau de Baudry, le comte d’Argenson et Nicolas Ravot d’Ombreval, découvrent un lieu de prières très sommaire et des valets chargés de « tuer et accommoder les viandes. »

En 1722, Jonas Weill, victime d’une dénonciation, est arrêté avec un nommé Haury (Oury ?) pour tenir une « auberge » qui réunit une trentaine de personnes « le vendredi jusqu’au samedi [15]».

Trois ans plus tard, le banquier messin Jacob Worms est envoyé au For-l’Evêque avec d’autres Juifs pour avoir été surpris le soir de la Pâque à célébrer le seder.

Pour l’inspecteur Langlade, il s’agit bien d’une « synagogue des Juifs » dont Worms serait le rabbin [16]. Un constat est aussitôt dressé, les livres en hébreu et l’orfèvrerie sont confisqués tandis que Worms et ses invités sont internés au For-l’Evêque, puis relégués de la ville.

La visite policière s’est accompagnée de violences, ce dont Langlade semble être fier : Attendu que ces sortes d’assemblées sont illicites et défendues par les Ordres du Roy, nous avons en notre présence fait casser et briser lesdits pupitres, plaques, lustres, tables et guéridons, et fait enlever ladite armoire prétendue Tabernacle, dans laquelle sont lesdites tables de la Loy judaïque.

Les Juifs sont donc amenés, pour respecter leur foi et leurs traditions, à commettre certaines transgressions. Bien que celles-ci ne troublent en rien la sûreté publique, elles leur valent d’être pourchassés comme les protestants et les jansénistes.

À peine tolérés à Paris, les Juifs doivent pratiquer leur religion dans la plus stricte clandestinité.

Le souvenir des convulsionnaires du cimetière Saint-Médard est encore présent dans la mémoire des lieutenants de police [17].n Tous ont à cœur qu’aucun culte sinon catholique ne soit célébré en ville. Jusqu’à la nomination du comte Henri Bertin de Bellisle à la lieutenance en 1757, les garnis sont régulièrement visités à cette fin.

De fait, quelques Juifs sont relégués pour avoir monté une sorte de cantine, comme Daniel Cahen et Michel Franck, accusés en 1739 de tenir « un repaire à voleurs [18]», ainsi que Rosette Benjamin et la veuve de Mayer Lion en 1746 [19].

Dix années plus tard, les lieutenants de police sont plus tolérants.

Munie d’un passeport, Rosette Benjamin s’est à nouveau établie dans le quartier Beaubourg où elle continue à donner « à manger aux Juifs », bien que l’inspecteur Buhot connaisse son activité [20].

Vers 1758, deux autres auberges, sans doute plus importantes, sont ouvertes dans le quartier Saint-Martin [21].

Ceux qui, à cette époque, commencent ainsi à ériger une petite communauté sont des « Allemands », plus attachés à la tradition que leurs coreligionnaires portugais. Leur nombre, il est vrai, dépasse souvent désormais la centaine d’individus.

L’arrivée des Bordelais dans les années 1750 a suscité en effet la formation de deux groupes : celui des « Portugais » localisé sur la rive gauche, dans le quartier Saint-André-des-Arts, et celui des « Allemands », sur la rive droite, dans les quartiers Saint-Martin et Beaubourg.

En l’espace de deux ans, de janvier 1757 à juillet 1759, la présence juive à Paris a changé de dimension et de nature. Si en 1757, les « Allemands » sont majoritaires (64 individus pour 19 « Portugais »), leur nombre décroit ensuite sensiblement alors que celui des « Portugais » augmente (51 « Allemands » et 41 Séfarades deux années plus tard).

Dès cette époque – et peut-être avant – certains logeurs sont spécialisés dans l’accueil d’une clientèle juive [22].

Une vingtaine d’années plus tard, au début du règne de Louis XVI, malgré l’interdiction toujours en vigueur, une communauté juive hétérogène s’est bel et bien constituée dans la capitale.

Signe de l’évolution des esprits ou du déclin des institutions monarchiques, le Juif est mieux accepté dans la cité. Pour preuve, l’existence de deux oratoires distincts : celui des « Portugais » apparaît vers 1770, toujours rue Saint-André-des-Arts, tandis que le second, destiné aux « Allemands », est situé rue Brisemiche vers 1778 [23].

Dans la seconde moitié du siècle, Paris attire donc davantage encore les Juifs, à l’instar des provinciaux et des étrangers.

Leur nombre, d’une trentaine de personnes vers 1720, dépasse la centaine au milieu du siècle et comprend près de 300 individus au début du règne de Louis XVI [24].

La surveillance se serait-elle relâchée? Il ne semble pas que les lieutenants de police et les inspecteurs se soient montrés laxistes après le départ du lieutenant Nicolas Berryer de Ravenoville en octobre 1757, bien au contraire. Les inspecteurs Dumont et Buhot continuent à surveiller les garnis, à vérifier les passeports et à emprisonner ceux qui perturbent l’ordre public.

Il apparaît plutôt que la lieutenance de police redoute moins la présence des Juifs, lesquels sont mieux contrôlés depuis l’ordonnance royale de janvier 1750 qui oblige tout Juif, à son arrivée à Paris, à posséder un passeport et à s’adresser au syndic de sa nation.

Depuis lors en fait, leur arrivée est contrôlée à trois niveaux : à celui de leur communauté d’origine qui leur délivre l’autorisation de partir, puis du représentant parisien de la nation – Jacob Rodrigues Pereire puis David Silveyra pour les « Portugais », Mayer Hadamar et Michel Goudchaux pour les Lorrains, Moïse Blien pour les Alsaciens et les originaires des contrées germaniques – et, enfin, du lieutenant de police.

Le Juif désireux de résider dans la capitale doit présenter dans les vingt-quatre heures une lettre de recommandation de son syndic parisien, justifier d’une adresse fixe et obtenir l’avis favorable d’un inspecteur, du lieutenant de police puis du ministre d’État.

Un permis de séjour lui est alors accordé dont la durée, variable, témoigne de cette relative confiance que la lieutenance de police éprouve désormais à l’égard des Juifs désormais plus facilement contrôlables, ce qui permet à la communauté parisienne de se développer.

Si en effet, dans la première moitié du siècle, le séjour était souvent limité à un ou trois mois selon les besoins de l’intéressé, et l’autorisation rarement reconduite, sa durée s’allonge par la suite – trois mois, six mois, parfois un an [25], ce qui entraîne l’installation en ville des femmes et des enfants.

Les préjugés à l’égard des Juifs sont moins forts. En 1731, l’inspecteur Tapin estime en 1731 que ces « errants, vagabonds, sans feu ni patrie » ne viennent à Paris que pour y faire prospérer leurs « friponneries [26]».

À la fin des années 1750, Buhot considère toujours une partie d’entre eux comme des « suspects et [des] escrocs » mais il a soin de mentionner dans ses rapports les vertus des autres – soit, selon lui, plus de 70 % du total [27].

Détail significatif de l’évolution des esprits au sein de la lieutenance de police : en 1777, la surveillance des Juifs ne dépend plus du 3e bureau qui se consacrait aux « Juifs et escrocs », mais du 6e bureau chargé de la sûreté publique.

Au final, si en 1721, l’objectif premier de la lieutenance de la police était « de n’en souffrir aucun dans la capitale. », les Juifs s’y trouvent « en nombre assez considérable [28]» à la fin du règne de Louis XV.

Ils n’en sont pas moins des marginaux, de par leur état et leur statut au sein de la société française, mais aussi leur appartenance, notamment à Paris, à cette catégorie d’individus étroitement surveillés que sont les commerçants sans boutique, autorisés à une simple résidence temporaire.

En outre, si les Juifs de Metz, de Bordeaux et d’Avignon s’expriment en français, ce n’est pas le cas des « Allemands », marginalisés aussi par leur mode de vie et leurs vêtements.

Les Juifs demeurent des parias même si leur présence est connue, voire acceptée par la population. Bien que tenus à l’écart des corporations et de nombreux métiers, ils constituent en effet un rouage de l’économie, tant pour le prêt d’argent que pour la fourniture aux armées, le commerce des soieries et celui des « clinquailleries » [29].

Il n’empêche : la lieutenance de police met tout en œuvre pour contrôler ces Juifs dont le nombre grossit au fil des décennies et dont certains sont dépourvus de passeport, endettés ou malfaisants.

Les Juifs dans les prisons parisiennes

Selon Frantz Funck-Brentano qui, le premier, s’intéressa aux archives de la bibliothèque de l’Arsenal où sont consignés les emprisonnements, 157 Juifs furent arrêtés de 1716 à 1773 [30].

Mais, dans les années 1770, l’appartenance à la nation juive n’est plus mentionnée sur les registres et les Juifs incarcérés sont confondus avec les autres délinquants.

Aussi établissons-nous leur nombre, pour notre part leur nombre, à 169, dont 6 femmes. De prime abord et même si certains documents et registres manquent, il apparaît clairement que l’emprisonnement des Juifs a décru au cours du siècle alors que la population juive augmente, tout comme d’ailleurs celle de Paris en général.

En 1721, les Juifs représentent 3,5 % des 253 personnes arrêtées – ce qui est considérable puisqu’ils sont moins d’une quarantaine dans la ville à l’époque.

En 1745, alors que le nombre de personnes incarcérées s’élève en tout à 513, les Juifs représentent 1 % de ce total. Enfin, en 1756, sur 645 individus interpellés et emprisonnés, ils sont moins de 0,5 % [31].

Les pourcentages relativement élevés des années 1721 et 1745 s’expliqueraient-ils par l’hostilité affirmée des lieutenants de police Gabriel Teschereau de Baudry et Claude Feydeau de Marville, ainsi que des inspecteurs Langlade et Tapin?

Il est permis d’en douter puisque, par la suite, le lieutenant Berryer de Ravenoville et l’inspecteur Buhot continuent d’appliquer les ordonnances royales, sans excès de zèle il est vrai.

Autre explication possible : les Juifs, plus nombreux, seraient-ils plus souvent en règle car mieux contrôlés par leurs syndics?

Les rapports de l’inspecteur Buhot pour les années 1756 à 1758 confortent cette thèse : Sur 243 Juifs présents à Paris dans cette période, 32 n’ont pas de passeport soit 13 %. Parmi eux, 19 sont étrangers (59,5 %). Les autres ont bien un passeport mais leur permis de séjour est périmé. L’inspecteur leur conseille de se mettre en règle car ce sont des « honnêtes gens » et il « n’y a pas de plaintes [contre eux] ». Beaucoup sont d’ailleurs originaires des provinces françaises [32].

Ceux qu’on arrête encore pour absence de passeport sont surtout des étrangers, présentés comme « sans feu ni patrie ». De 1716 à 1773, sur 157 personnes inquiétées, plus de 77 % sont des « Allemands » et 23 % des « Portugais ». Parmi les « Allemands », les Messins dominent (56 %), mais leur nombre tend à décroître après les années 1760, tandis que 31 % sont originaires des provinces germaniques.

Les Bordelais constituent le groupe séfarade le plus important (47 %). Arrivés à Paris dans les années 1750, ils comptent dans leurs rangs quelques Avignonnais et surtout des Anglais issus de la communauté portugaise (15 %). Notons l’importance des étrangers originaires des États allemands, de Pologne, de Hollande, d’Italie et d’Angleterre : ils composent 37 % du total.

Au chapitre des professions, les Juifs emprisonnés sont surtout des marchands ambulants et des fripiers, des vendeurs de « clinquailleries » et de soieries ainsi que quelques prêteurs et bijoutiers. Parmi eux, les banquiers et les prêteurs d’origine messine ont souvent été dénoncés par leurs clients endettés qui ne tiennent pas à honorer leurs engagements. Quant aux « Portugais » qui exercent surtout le métier des soieries, ils le sont par des chrétiens qui les considèrent souvent comme des concurrents déloyaux.

Toujours parmi les 157 individus de notre échantillon, plus de 39 % sont envoyés en prison ou relégués de la ville pour absence de passeport, 20 % pour dettes et faillites, 9,5 % pour vol et contrebande, 5 % pour espionnage, 4 % pour le port de l’épée (réservé à la noblesse et aux soldats), et 4 % pour affaires de mœurs. Un seul est arrêté pour homicide.

Si nous soustrayons de ce total les individus arrêtés pour dettes, faillites ou respect de leurs traditions religieuses, tous motifs que nous ne considérons pas aujourd’hui comme des délits, seuls 92 Juifs (62,5 %) ont véritablement transgressé à la fois les règlements, les lois et la morale.

Si nous considérons aussi que, sous le règne du roi Louis XV, plus de 3 450 Juifs sont passés ou ont résidé à Paris [33], et que seuls 4 % d’entre eux ont été emprisonnés et 2,7 % ont enfreint fondamentalement les lois, ces chiffres semblent évidemment insignifiants rapportés à une population parisienne qui compte à l’époque, rappelons-le, 500 000 habitants au minimum.

À Paris, les lieux d’incarcération varient selon les délits. Ainsi la Bastille [34] et le For-l’Evêque sont-elles des prisons d’État où sont souvent conduits les individus arrêtés par lettre de cachet ; le Grand Châtelet et le Petit Châtelet sont des prisons communes situées à l’extrémité des deux ponts qui relient l’île de la Cité aux rives de la Seine. Les présumés coupables y attendent leur jugement tandis que Bicêtre et la Salpêtrière sont plutôt des maisons de force où les vagabonds et les voleurs côtoient les prostituées [35].

Mais, la prison est avant tout un lieu de passage pour les accusés dans l’attente de leur procès puisque, comme l’a établi Robert Anchel, la peine de prison est « préventive, non répressive [36]» avant la Révolution.

En dehors des cachots existant notamment à la Bastille, au For-l’Evêque et au Grand Châtelet, les prisons ne sont pas réellement closes et le prisonnier peut généralement entretenir des contacts quotidiens avec l’extérieur, sa famille et ses amis ; selon son statut et ses moyens financiers, il peut même disposer d’un commis pour faire ses achats (nourriture, vêtements, livres). Sans être un hôtel ou une auberge, la prison offre également diverses formules pour la nuit.

Les plus fortunés peuvent avoir une chambre à un ou deux lits avec des draps blancs ; quelques-uns prennent même pension chez leur geôlier et bénéficient du charbon en hiver et de chandelles.

Bien évidemment, les pauvres sont entassés dans une salle commune avec de la paille pour tout couchage. Les « pailleux » sont souvent une centaine à cohabiter ainsi. C’est dans les maisons de force où l’on envoie une population interlope et miséreuse que les conditions de vie sont les plus difficiles.

Sur les 157 cas de Juifs emprisonnés recensés, près de 39 % (soit 56 individus) sont envoyés au For-l’Evêque. Il s’agit pour la plupart de personnes sans passeport ou endettées mais on y trouve aussi des libertins et des « petits maîtres », entendons des « Portugais » qui osent porter l’épée. Environ 20 % (29 personnes) sont détenus au Grand Châtelet – individus qui ne sont pas en règle, escrocs et voleurs. Il en va de même au Petit Châtelet (10 % des prisonniers). Sont aussitôt relégués hors de Paris ou du royaume les vagabonds sans papiers et les nombreux étrangers sans protection, soit 20 % du nombre.

En ce qui concerne la Bastille, 11 Juifs (7 %) y séjournent pour une durée variable, de quinze jours pour Isaac Spire à quelques mois pour Abraham Mayer, et parfois des années comme Isaac Simon et Joseph Buzaglo [37]. Ces prisonniers sont principalement des espions ou supposés tels, des aventuriers ou des contestataires.

Il vaut de s’arrêter sur les cas des négociants allemands Joseph et Lazare Guédion, arrêtés pour dettes et contrebande.

L’un avait déjà été envoyé aux galères pour les mêmes délits. Après avoir envisagé de renouveler cette peine, la lieutenance préfère finalement les enfermer au Grand Châtelet puis les reléguer hors du royaume en 1739 [38]

Sinon, les autres sont envoyés à Bicêtre et, s’il s’agit de femmes, à la Salpêtrière. Précisons que la plupart de ces prisons vont disparaître sous le règne de Louis XVI (le Petit Châtelet en 1780, For-l’Evêque en 1783) et sous la Révolution (la Bastille en 1789, et la Salpêtrière en 1794).

L’origine juive n’intervient pas dans les motifs d’incarcération, même s’il est fait mention de leur qualité de « Juif de nation et de religion ».

La lieutenance de police agit avant tout en fonction du délit, ce qui ne signifie pas qu’elle fasse toujours preuve de discernement ou d’équité.

Ainsi les bijoutiers Joseph Lallemand et Jacques Weill, installés à Paris depuis dix ans, sont-ils arrêtés sans motif apparent en 1742, incarcérés quelques jours au Grand Châtelet puis relâchés [39] La prison est préventive, il n’existe pas vraiment de règle [40], mais, cet état de fait permet aussi aux Juifs incarcérés, quand ils ont des moyens et des coreligionnaires amis à l’extérieur, de pratiquer leur religion.

En 1727, Abraham Mayer obtient du lieutenant de police René Hérault de Vaucresson de pouvoir se « faire donner [son] linge » et informer « un de [ses] confrères » pour qu’il lui envoie « du pain et de la viande pour célébrer [sa] Pâque [41]»

Le joailler Jacob Bacharach, accusé de fraude et de recel puis d’espionnage, bénéficie de la même tolérance. Interné à la Bastille à la fin de 1745 et au début de l’année 1749, il peut se faire apporter sa garde-robe et même acheter une perruque. Son séjour en prison se prolongeant, il demande que l’un de ses amis fasse venir de Metz des livres de prières et un rituel de Pâque afin de « ne pas mourir mille fois par jour [42]»

Ces exemples, même rares, démontrent que tout Juif peut suivre les préceptes de sa religion dans un lieu apparemment hostile, à condition de jouir d’une certaine fortune et d’amis sûrs.

Cette solidarité peut aller plus loin encore, à considérer le cas du seul meurtrier du lot, Joseph Lamy. Le 28 novembre 1720, ce Juif hollandais qui exerce le commerce du thé assassine, avec son complice Nicolas Duménil, le joailler et diamantaire Aaron Goldschmidt, chez qui il vole 50 000 livres et des diamants. Le cadavre de ce dernier n’est découvert que le 4 décembre après les aveux de Lamy, alors que Nicolas Duménil est en fuite.

Entre-temps, le soir même du meurtre, Lamy est retourné chez la femme de Goldschmidt pour s’emparer d’autres pierreries et la blesse mortellement de nombreux coups de marteau. Aussitôt arrêté, il est condamné par sentence du Châtelet à être rompu vif et roué « en place de Grève ».

Nonobstant son désir de se convertir au catholicisme, il est inhumé par les soins de ses coreligionnaires dans un terrain qui sert de cimetière aux Juifs, près du village de Clignancourt [43].

« Fripons » et autres « gens indociles et libertins »

Les Juifs sont donc soumis au même régime que les autres justiciables. Ils sont suspects non pas du fait de leurs origines mais de leurs actes et leur comportement, lesquels déterminent la durée de leur détention ainsi que les enquêtes poussées à l’extrême dont ils sont l’objet.

Leur grande mobilité, leur train de vie parfois démesuré et les contacts qu’ils entretiennent avec l’étranger représentent autant de dangers pour l’État royal aux yeux de la lieutenance de police.

Ils sont très souvent internés pour des raisons d’espionnage, vraies ou imaginaires.

Ainsi, malgré ses protestations d’innocence, Jacob Bacharach est-il embastillé à cause de ses séjours fréquents en Angleterre et en Hollande, outre qu’il détiendrait des secrets « pour donner de la couleur aux pierreries ».

Sa vie amoureuse mouvementée achève de le desservir. Les lieutenants de police Feydeau de Marville et Berryer de Ravenoville, convaincus que « ses intrigues et ses liaisons sont très suspectes », font tout pour le mettre en confiance et obtenir ses aveux, mais en vain. Ils font interner Jacob Lévy, soupçonné également d’espionnage au profit des Anglais, dans l’espoir qu’il arrache des confidences à Bacharach en échange de sa liberté [44], sans compter qu’il peut leur traduire les lettres de ce dernier en langue hébraïque. Ils recourent également à Nathan Morhange, un ami de Bacharach qui a fait plusieurs séjours pour dettes au For-l’Evêque et au Grand Châtelet dans les années 1720 [45].

Ce « fripon sans ressources » a lui aussi pour mission de l’interroger discrètement. Est-ce cette collaboration avec la police qui va permettre à Morhange de rester à Paris? En 1755, l’inspecteur Buhot écrit à son sujet : « Il est fort tranquille à présent. Il s’est rendu quelquefois utile ».

Les inspecteurs abusent souvent de leur pouvoir. Déjà, l’inspecteur Legrand faisait pression sur les Juifs les plus fortunés pour obtenir des faveurs matérielles (il est d’ailleurs révoqué pour ces motifs en 1751), menaçant les Juifs récalcitrants de leur refuser l’autorisation de séjourner en ville [46].

Raison de plus pour que la police fasse du zèle lorsque des Juifs se trouvent impliqués dans des affaires d’État. Ainsi Philippe Lipman Frenkel est-il arrêté le 14 février 1745 avec ses deux valets Michel Bach et Isaac Borich, puis embastillé. Il a été dénoncé par un indicateur juif, Michel Abraham, qui l’accuse « d’avoir quelque mauvaise commission » et « d’être un espion » au service de la reine de Hongrie.

L’affaire semble d’importance car elle est suivie de près par le secrétaire d’État de la Guerre, le comte d’Argenson, et le maréchal de Saxe. Il apparaît que Michel Abraham connaît bien le valet Isaac Borich : tous deux ont eu l’occasion de travailler au service du prince de Conti. Est-ce Isaac Borich qui a informé Abraham de l’arrivée à Paris et des intentions de Frenkel? Une chose est certaine : le valet est libéré le 1er mai tandis que Frenkel et Bach ne quittent la Bastille que le 1er septembre [47].

De fait, la personnalité de Frenkel est suspecte. Est-ce bien là son patronyme? Selon Borich, ce serait un nom d’emprunt. Est-il d’origine allemande, hollandaise ou hongroise? Exerce-t-il bien la profession d’entrepreneur de fourrage? Certes, il voyage beaucoup, tantôt en Angleterre tantôt en Prusse. Il comptait d’ailleurs se rendre en Provence puis en Italie.

Cet homme de vingt-huit ans, à la « taille au-dessus de la moyenne, passablement gros et robuste, portant perruque courte », parle cinq langues. Lors de la perquisition à son domicile, des lettres en hébreu sont découvertes. Aussitôt traduites par Israël Bernard de Valabrègue, l’interprète du Roi pour les langues orientales, elles se révèlent sans intérêt. Mis au secret et interrogé sans répit, Frenkel clame son innocence et réclame d’être confronté à Michel Abraham et à Isaac Borich, des espions autrichiens, selon lui, qui veulent le « mettre hors d’état de les reconnaître en France, de crainte que je ne découvre leurs mauvais projets [48]».

En désespoir de cause, il écrit le 15 août au maréchal de Saxe : « Il se pourra que je sacrifie ma vie avec le temps pour servir fidèlement dans l’État où je m’engagerai. » Est-ce une façon de proposer ses services au royaume? Ce n’est pas impossible car le maréchal de Saxe, alors dans les Flandres, demande qu’il soit remis en liberté [49].

Joseph Buzaglo est lui aussi un personnage intéressant. Se prétendant « Portugais », il se fait aussi appeler Buzaglo de Paz alors qu’il est vraisemblablement né au Maroc vers 1701. Il réside à Londres avec son frère et s’y livre au négoce. Inventeur d’une machine à « faire des boulets qui devaient mettre le feu aux navires ennemis », il se rend à Paris à la demande du prince de Conti et obtient le droit de visiter différents ports, dont Brest où il est arrêté avant d’être incarcéré à la Bastille le 4 décembre 1747 [50].

Sa qualité d’Anglais ou tout simplement la nature de son invention ont dû éveiller les soupçons de la lieutenance de police qui a découvert qu’il a déjà été condamné aux galères à Marseille de 1735 à 1745 et relégué hors du royaume [51].

Faute d’aveux et de preuves, il est remis en liberté le 14 août 1749, et relégué. Il rejoint aussitôt l’Angleterre. Deux années plus tard, on le retrouve au Maroc, servant le royaume du Danemark. Son but est vraisemblablement d’y installer une colonie danoise, mais la population locale réagit violemment au projet. Capturé, il demeure emprisonné jusqu’en 1757 [52].

Malgré dix années aux galères et huit d’emprisonnement, il soumet un projet à l’ambassade de France en 1764, à son retour à Londres, pour s’emparer d’Agadir et conquérir le Maroc. Laissé sans réponse, Buzaglo reprend ses activités de négoce et décède en 1766 à Saint-Eustache, une île des Antilles néerlandaises.

Au cours de leur détention, deux Juifs décèdent de maladie dans la prison du Petit Châtelet, réputé humide et insalubre. Salomon dit Bernard Lévy, endetté et considéré comme un « fripon », est retrouvé « gisant sur la paille et étendu sur ladite paille » le 20 juin 1743. Est-ce le geôlier qui en prévient les autres Juifs ou ces derniers en sont-ils avertis à la faveur de leurs fréquentes visites à leurs coreligionnaires emprisonnés? Toujours est-il que Ruben Daltrof se charge du corps le lendemain, ayant obtenu l’autorisation de la lieutenance de police de l’inhumer « nuitamment, sans bruit, scandale ni appareil » dans le village de La Chapelle [53].

Quant au Messin Mayer Lion, autrefois fournisseur de vivres aux armées et interné pour dettes depuis 1736, il meurt en septembre 1746. À notre connaissance, il est le détenu qui a effectué le séjour le plus long en prison [54]. La raison en est d’ailleurs inexplicable car bien d’autres Juifs, emprisonnés pour des raisons analogues, y sont restés moins longtemps. Il est vrai que Mayer Lion ne bénéficie d’aucun soutien à la Cour et qu’il se trouve « dans une extrême pauvreté. »

Certains Juifs et Juives sont incarcérés pour des affaires de mœurs et de comportement comme le Bordelais Henriques Medina, qui est négociant à Paris en 1742. C’est un cas unique. Déjà condamné en Hollande pour « crime de sodomie », il est arrêté à Paris pour le même motif et pour distribution de « libelles critiques [55]». Après un court séjour à la Bastille, il est relégué hors du royaume [56]..

Si des Juifs entretiennent parfois commerce avec des femmes chrétiennes, ils n’admettent pas cette conduite chez l’une des leurs.

Salomon Lévy, marié à Metz et père de famille, vit en concubinage avec sa servante Catherine Kaëlle (Cahen?). Sur la pression de sa femme et de ses coreligionnaires parisiens, il décide de rompre avec sa maîtresse, qui ne l’entend pas ainsi. Il avertit alors la lieutenance de police de ce « dérangement de toutes sortes ». Selon le lieutenant Hérault de Vaucressson, cette « catin juive » a été déjà reléguée. Conduite à la Salpêtrière le 26 septembre 1725, elle est remise en liberté le 30 avril 1726 [57].

Comme elle n’a pas les moyens financiers de retourner à Metz, la lieutenance de police oblige Salomon Lévy à y pourvoir. Une autre femme se voit reléguée à la suite de l’intervention de ses coreligionnaires en janvier 1756. Originaire de Berlin, Anna Herekshmit a été dénoncée car « elle raccroche tous les soirs rue Saint-Martin et pour être autorisée à continuer ce commerce, elle veut se faire chrétienne [58]»

Un Juif allemand, enfin, Anselem, sans passeport et se prétendant « boucher des Juifs », est dit « actuellement associé avec des femmes de mauvaise vie à qui il donne retraite. » Puisqu’il ne vit « que de friponneries », la relégation du proxénète est décidée en septembre 1746 [59].

Les « petits maîtres », quoique moins d’une dizaine dans les années 1750, perturbent aussi l’ordre public. Ils mènent grand train, fréquentent les cafés et les femmes, portent l’épée, des talons rouges et des plumets et, à l’occasion, n’hésitent pas à se battre [60].

On trouve parmi eux le Messin Goudchaux, frère du syndic Michel Goudchaux. Après avoir séduit une femme mariée à Thionville, il se réfugie à Paris. Retrouvé, il est relégué hors de Paris mais revient deux années plus tard, en 1754, sous la protection cette fois de la duchesse d’Orléans [61].

Comme il continue à mener une vie dissolue et à s’endetter, il est repris par la police ; aucun passeport ne lui est accordé et il doit alors quitter la ville à nouveau. Mais ce sont principalement des jeunes Juifs de Bordeaux et d’Avignon, des « Portugais » donc, qui défient la police.

Désir de braver l’ordre établi ou revendication d’égalité, ils refusent de cesser de « porter épée et couteaux de chasse », malgré la loi et la surveillance étroite exercée par l’inspecteur Buhot et le lieutenant de la police Antoine de Sartine.

Le 24 juin 1755, l’inspecteur note ainsi que « plusieurs petits maîtres se trouvent journellement en contravention, et notamment les Astruc, les Paul et Daguilar de Bordeaux ainsi que les Ravel, tous frères d’Avignon [62] ».

Malgré des séjours répétés au Grand Châtelet et au For-l’Evêque où ils restent souvent plus d’un mois, rien n’y fait. Salomon Ravel « quitterait Paris plutôt que de ne point porter l’épée », note Buhot. Il est aussi connu dans le quartier de l’Odéon pour son tempérament agressif. Avec son ami Moïse Astruc, il a déjà été interné pour rixe en juillet 1756.

En 1758, les deux hommes se battent à nouveau mais en duel cette fois-ci, et l’un contre l’autre. Ils sont envoyés au For-l’Evêque et leurs épées sont confisquées. Le 29 juin 1761, constate Buhot, Moïse Astruc persiste à porter l’épée et répond à ces observations : « Allez vous faire foutre, je n’ai pas de compte à vous rendre et laissez-moi tranquille ».

À l’inspecteur qui décide alors de l’emmener au Châtelet, Astruc résiste. Les deux hommes croisent le fer, avant qu’Astruc ne prenne la fuite devant l’arrivée à la rescousse d’une connaissance de son adversaire. L’inspecteur ayant demandé qu’un « exemple sévère » soit fait à propos de ce délinquant, le signalement d’Astruc est envoyé dans les villes où il est susceptible de le conduire son commerce de la soie.

Des enquêtes sont menées dans les garnis de Bordeaux, Lyon, Orléans et Tours, mais en vain. Astruc ne refait surface qu’à la fin de juillet, soutenu par la marquise de Vernouillet qui défend son protégé, lequel désire, à l’en croire, se convertir au catholicisme. Un accord est alors passé entre la marquise et le comte de Sartine : si Astruc se constitue prisonnier, il n’aura qu’un mois à passer en détention. Ainsi fut-il fait : le catéchumène est interné quelques semaines au Petit Châtelet, puis libéré le 4 septembre 1761 [63].

Aussi les destins de Salomon Ravel et de Moïse Astruc divergent-ils après leurs frasques : alors que le premier aide les pauvres de la communauté portugaise et participe au fonctionnement d’un oratoire [64], le second, devenu catholique, rompt tout lien avec ses anciens coreligionnaires.

En 1767 encore, les frères Aaron et Israël Dalpuget, qui se font appeler respectivement d’Aroniche et le marquis d’Albuche, narguent les inspecteurs [65]. Ces « mauvais sujets » s’endettent régulièrement et prétendent avoir le droit de porter l’épée. Sans cesse poursuivis par leurs créanciers, ils se réfugient au Temple, vaste enclos où la justice royale ne pouvait pas s’exercer à l’encontre des débiteurs insolvables [66]. Ils sont néanmoins arrêtés lors d’une de leurs sorties hors de ce lieu protégé et dirigés vers le For-l’Evêque.

En marge de la société au XVIIIe siècle, certains des Juifs de Paris ont transgressé la loi du royaume par nécessité, parfois par inconscience ou par esprit de rébellion contre une société qui les excluait et contre leur appartenance à une communauté qui les condamnait à demeurer dans un état d’infériorité.

Insignifiant fut toutefois le nombre de ceux qui furent arrêtés pour des actes délictueux au regard du chiffre des délits et des infractions commis dans une capitale en pleine expansion.

D’ailleurs, la délinquance juive semble décliner sous le règne de Louis XVI, même compte tenu de la disparition de nombreux dossiers lors de la prise de la Bastille [67]. Sans doute faut-il en chercher l’explication dans l’efficacité accrue de la lieutenance de police sous l’autorité de Jean-Charles-Pierre Lenoir, une plus grande tolérance à l’égard des Juifs, qui sont le plus souvent des migrants honnêtes et laborieux, et l’existence plus ou moins reconnue dans la cité de deux communautés stables distinctes, portugaise et allemande.

La surveillance des Juifs a toujours cours mais elle est désormais partie d’une volonté générale de la police urbaine de mieux contrôler les populations mobiles et particulières [68] À ce titre, il est permis de penser qu’à l’époque des Lumières, la lieutenance de police n’a eu qu’à étendre à l’ensemble de la population citadine un système déjà expérimenté sur les Juifs.

C’est aussi qu’à cette époque, l’image des Juifs s’est modifiée.

L’écrivain Nicolas Rétif de la Bretonne, qui fut vraisemblablement un indicateur de la police, les décrit sous des traits plutôt positifs [69].

Dans les années qui précèdent la Révolution, certains Juifs œuvrent du reste pour l’émancipation [70] et, en 1789, les quelque 500 Juifs de Paris, généralement d’origine messine et portugaise, s’unissent pour obtenir les mêmes droits que les autres habitants du pays, alors que, dans le royaume, d’autres Juifs veulent préserver les privilèges des nations allemande et portugaise.

Lors de la promulgation de la Déclaration des droits de l’homme, ils adressent à l’Assemblée Nationale une pétition dans laquelle ils réclament, ensemble, l’égalité [71].

D’abord réticente, la Commune de Paris souhaite bientôt l’admission des Juifs de la capitale à l’état civil [72]. Dès le 24 février 1790, juste après le décret du 28 janvier émancipant les Portugais, Espagnols et Avignonnais, l’avocat Jacques Godard plaide leur cause devant l’Assemblée nationale qui vote à l’unanimité leur admission à l’état civil.

Aussi les Juifs parisiens réagissent-ils lorsque la police, définissant ses prérogatives au début de l’année 1791, prétend toujours contrôler les « vagabonds, escrocs, mendiants, étrangers et Juifs », car cette annonce fait injure à leur nouveau statut. Finalement, le 11 janvier, la police renonce à soumettre les Juifs à une inspection particulière [73]..


Après plus d’un siècle d’exclusion et de surveillance, les Juifs de la capitale acquièrent donc les mêmes droits que les autres Parisiens.

À cette date, certains sont citoyens et d’autres pas, mais tous militent pour que les « Allemands » soient émancipés à leur tour, avec le soutien de la Commune de Paris.

Le 27 septembre 1791, tous les Juifs sont enfin reconnus citoyens français.

Tandis que la voie de la Régénération s’ouvre devant eux, les nations juives disparaissent. Les Juifs parisiens sont peut-être – à cette époque – les plus disposés à s’engager dans la nouvelle expérience qui s’impose à eux.

Déclaration du Roy

 

Concernant les actes qui se passeront avec les Juifs

Donné à Versailles le 24 mars 1733, vérifié en Parlement le 16 avril suivant.

Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre : A tous ceux qui ces présentes Lettres verront, salut.
L’attention que nous avons à réprimer tout ce qui pourrait être contraire au bien public, nous a fait connaître que les juifs établis dans nos Etats y causent la ruine d’une infinité de familles, en abusant de la fâcheuse situation de ceux qui leur font des emprunts pour en exiger des intérêts usuraires, qu’ils joignent ordinairement aux capitaux des sommes prêtées ; que ce qui favorise particulièrement ces abus, et la liberté qu’ils ont de prêter sur de simples billets ; qu’elle leur facilite les moyens de soustraire la connaissance de leur conduite aux Tribunaux ordinaires, et d’ajouter souvent la fraude et les faussetés à l’usure.

Et comme pareil abus si préjudiciable aux intérêts particuliers de nos Sujets, blesse également les Lois de notre Royaume, et la bonne foi publique, Nous avons cru devoir prendre les précautions qui Nous ont paru nécessaires pour y remédier et en arrêter le cours. A ces causes, et autres à ce Nous mouvant, de l’avis de notre Conseil, et de notre certaine science, pleine puissance et autorité Royale, Nous avons par ces Présentes signées de notre main, dit, statué et ordonné ; disons, statuons et ordonnons, voulons et Nous plaît ce qui suit :

Article 1

Défendons très expressément à nos Sujets, de quelque qualité et condition qu’ils soient, de contracter et stipuler avec les Juifs, soit qu’ils résident dans notre Royaume ou qu’ils soient étrangers, par de simples billets passés sous signature privée.

Article 2

Voulons que ceux de nos Sujets qui emprunteront d’eux des sommes d’argent, ne puissent s’engager valablement que par des contrats passés devant notaires ou tabellions, et que les deniers n’aient été véritablement comptés et délivrés à la vue des dits notaires, tabellions et témoins, que les prêts qu’ils font ne renferment, même secrètement, aucune convention usuraire. De laquelle affirmation, ensemble de la numération des deniers, les notaires et tabellions feront mention dans les contrats, à peine de nullité des dits actes, et de faux contre les Juifs.

Article 3

Voulons pareillement que toutes les négociations, ventes de grains, bestiaux, vins, denrées et marchandises, les sociétés, engagements, cautionnements et tous autres actes qui se feront entre nos Sujets et les Juifs, soient passés devant notaires et tabellions, et avec pareille affirmation et sous les mêmes peines.

Article 4

N’entendons néanmoins comprendre dans lesdites prohibitions les lettres de change, billets à ordre et autres écrits qui sont licites et ont lieu dans le commerce ordinaire entre les Juifs, tant régnicoles qu’étrangers, et ceux de nos Sujets qui exercent en effet la profession de banquier ou de marchand, et ce pour le fait de leur banque, commerce ou marchandise, pourvu que le tout se fasse de bonne foi et sans dol, fraude, surprise ni usure, sous la même peine de faux et autres qu’il appartiendra.

Article 5


Les Juifs qui se trouveront avoir commis quelque dol, surprise et usure, ou qui auront joint ou accumulé les intérêts aux capitaux des sommes portées dans les billets, contrats et actes qui ont été ci-devant, et qui seront passés à l’avenir, outre la nullité d’iceux et la perte de leurs créances, dont les débiteurs seront déchargés par la seule vérification du fait, seront condamnés à payer aux parties plaignantes le double des sommes portées dans les actes, contrats, traités et billets, contre lesquels elles se seront pourvues, et en une amende de 500 livres applicable à l’Hôpital le plus proche de la résidence des plaignants, sans que nos Juges puissent remettre ni modérer lesdites peines et amendes, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce puisse être.

Et seront leurs sentences, jugements et arrêts exécutés par corps, le tout sauf à être ordonné s’il y échoit, que lesdits Juifs seront en outre poursuivis extraordinairement, et que le procès leur sera fait suivant la rigueur des ordonnances, pour être condamnés à telle peine qu’il appartiendra, suivant l’exigence des cas.

Si donnons en mandement à nos âmes et féaux conseillers les gens tenant notre Cour de Parlement à Metz, que ces présentes ils aient à faire lire, publier et enregistrer, et le contenu en icelles garder et observer de point en point, selon la forme et teneur, sans permettre ni souffrir qu’il y soit contrevenu en aucune sorte et manière que ce soit, car tel est notre plaisir.
En témoin de quoi Nous avons fait mettre notre sceau à ces dites présentes.

Donné à Versailles le 24ème jour du mois de Mars, l’an de grâce 1733, et de notre Règne le 18ème

Signé Louis

Notes

[1] Gérard Nahon, Juifs et judaïsme à Bordeaux, Bordeaux, Mollat, 2003, pp. 39-45.
[2] Gilbert Cahen, « La région lorraine », et Georges Weill, « L’Alsace », dans Bernhard Blumenkranz (dir.), Histoire des Juifs en France, Toulouse, Privat, 1972, pp. 77-192.
[3] Les régnicoles sont les « habitants naturels » du royaume contrairement à ceux qui sont considérés comme des étrangers ou « aubains ».
[4] Il s’agit d’une notion globale qui englobe la nation portugaise (Hispano-portugais du Sud-ouest, puis par extension des Juifs avignonnais installés dans cette région) et la nation allemande, plus importante car elle regroupe des Lorrains et des Alsaciens puis des étrangers venus des régions germaniques et d’Europe centrale. Notons seulement que, par commodité, on désigne les Séfarades comme « Portugais » et les Ashkénazes comme « Allemands ».
[5] Bibliothèque nationale de France (désormais BnF), bibliothèque de l’Arsenal (BA), archives de la Bastille, administration du lieutenant général de police, première section.
[6] Jean-François Dubost, « Les étrangers à Paris au siècle des Lumières », dans Daniel Roche (dir.), La Ville promise. Mobilité et accueil à Paris (xviie siècle-début xixe siècle), Paris, Fayard, 2000, pp. 224-225.
[7] Arlette Farge, Vivre dans la rue à Paris au xviiie siècle, Paris, Gallimard, 1979, p. 200.
[8] Marc Chassaigne, La Lieutenance générale de Police à Paris, Paris, Rousseau, 1906, p. 108 et p. 149.
[9] Comme le remarque dans les années 1780 Louis-Sébastien Mercier, dans Le tableau de Paris, Paris, La Découverte, 1992 (1re édition, Amsterdam, 1783), pp. 330-336 la ville « est gouverné[e] d’une manière absolue », par des inspecteurs qui abusent de leur pouvoir et un lieutenant de police qui use d’une « législation très vicieuse » et détermine seul « l’emprisonnement et sa durée, plus ou moins longue ».
[10] En 1714, les inspecteurs avaient contrôlé 23 Juifs originaires de Metz, dont certains étaient des banquiers accompagnés de leurs valets, venus à Paris, dûment munis de passeports, pour se faire payer des billets à ordre. Un seul, Isaac Spire, accusé par la rumeur d’avoir voulu envoyer à l’étranger 140 000 louis d’or, fut inquiété en 1716, embastillé durant quinze jours, puis relâché après les aveux du coupable. Selon Gilbert Roos, Relations entre le gouvernement royal et les juifs du Nord-est de la France au xviie siècle, Paris, Honoré Champion, 2000, p. 299, et BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10624 (Isaac Spire).
[11] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10229.
[12] Sabine Juratic, « Mobilités et populations hébergées en garni », dans Daniel Roche (dir.), op. cit., p. 177.
[13] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10229.
[14] Ibid., ms. 10737 et 10761. Voir aussi Léon Kahn, « Le petit Simon », Annuaire des Archives israélites, Paris, 1893, pp. 36-46.
[15] Ibid., ms. 10752 (Jonas Weill et Haury).
[16] Ibid., ms. 10906 (Jacob Worms).
[17] Apparus en 1727 après la mort du diacre Pâris, des miracles se produisent sur sa tombe, entraînant le mouvement populaire dit des « convulsionnaires ». Afin de mettre fin à ces manifestations d’abord publiques puis clandestines, issues du jansénisme, le cardinal Fleury exerce une répression sévère jusqu’à l’extinction du mouvement en 1730.
[18] Ibid., ms. 11417 (Daniel Cahen et Michel Franck).
[19] Ibid., ms. 11587 (Rosette Benjamin).
[20] Léon Kahn, Les Juifs de Paris sous Louis XV, Paris, Durlacher, 1892, p. 53.
[21] Elles emploient un cuisinier attitré et un boucher. Cf. BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10231. États des Juifs par l’inspecteur Buhot des 30 juin et 29 décembre 1758. Consulter aussi Léon Kahn, « Les Juifs de Paris de 1755 à 1759 », Revue des Études juives, t. 49, 1904, pp. 121-145.
[22] Dans la rue Maubée, où ont élu domicile 22 Juifs allemands en 1757, 7 habitent chez Crosnier et 5 chez Legouteux. En 1759, la population ashkénaze a glissé vers la rue Geoffroy Langevin (7 Juifs y demeurent dont 5 chez Ancelin) et la rue Beaubourg (5 Juifs sur 8 résident chez Conflane). Quant aux « Portugais », la rue Saint-André-des-Arts reste leur lieu d’élection (8 y sont logés en 1757 et 12 en 1759. Cf. BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10231. États des Juifs par l’inspecteur Buhot des 4 janvier 1757 et 6 juillet 1759.
[23] Léon Kahn, Les Juifs de Paris sous Louis XV, op. cit., p. 56, et Robert Anchel, Les Juifs de France, Paris, Janin, 1946, p. 75.
[24] Jean-François Dubost, op. cit., p. 241.
[25] D’après l’étude faite par Didier Bensadon, Les Juifs à Paris au xviiie siècle d’après les archives de la Police, mémoire de maîtrise, sous la direction de Robert Muchembled, Université Paris-Nord Villetaneuse, 1993.
[26] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10229.
[27] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10231.
[28] Ibid.
[29] Sur leurs occupations professionnelles à Paris, voir Léon Kahn, Les Juifs à Paris sous Louis XV, op. cit., pp. 63-66, et Didier Bensadon, op. cit. Le terme de « clinquailleries » désigne les ustensiles ménagers.
[30] Frantz Funck-Brentano, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de l’Arsenal, Paris, Plon, 1892.
[31] BnF, BA, archives de la Bastille, année 1721 (ms. 10727 à 10736), année 1745 (ms. 11563 à 11583) et année 1756 (ms. 11920 à 11946).
[32] Statistiques tirées de l’étude de Léon Kahn, « Les Juifs de Paris de 1755 à 1759 », op. cit., pp. 121-145.
[33] Nous faisons cette estimation à partir des rapports de police qui précisent souvent la présence d’une trentaine de Juifs avant 1750 par année, puis d’une centaine annuellement par la suite.
[34] Vincent Denis, « La police de Paris et la Bastille au xviiie siècle », dans Élise Dutray-Lecoin et Danielle Muzerelle (dir.), op. cit., p. 38. Selon l’auteur, la Bastille n’est plus « un simple lieu punitif d’incarcération. » (p. 39)
[35] Catherine Prade, « Les prisons de Paris », dans Élise Dutray-Lecoin et Danielle Muzerelle (dir.), La Bastille ou « l’enfer des vivants », Paris, Bnf, 2010, pp. 25-31.
[36] Robert Anchel, Crimes et châtiments au xviiie siècle, Paris, Perrin, 1933, p. 89.
[37] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10624 (Isaac Spire), ms. 10980 (Abraham Mayer), ms. 10737 (Isaac Simon) et ms. 11610 (Joseph Buzaglo).
[38] Ibid., ms. 11427 (Joseph et Lazare Guédion).
[39] Ibid., ms. 11508 (Joseph Lallemand et Jacques Weill).
[40] Consulter l’article d’André Laingui, « Prisons », dans Lucien Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime, Paris, PUF, 1996, pp. 1023-1024.
[41] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 10980 (Abraham Mayer), lettre du 1er avril 1727.
[42] Ibid., ms. 11580 (Jacob Bacharach) et Léon Kahn, Les Juifs de Paris sous Louis XV, op. cit., pp. 32-34.
[43] Paul Hildenfinger, Documents sur les Juifs à Paris au xviiie siècle, Paris, Champion, 1913, pp. 49-52. Voir aussi le témoignage de Jean Buvat, Journal de la Régence, Paris, 1865, t. 2, p. 190. Sur l’opinion publique face à la criminalité à cette époque, voir Patrice Peveri, « Criminalité et opinion publique à Paris dans les années qui précèdent l’affaire Cartouche (1715-1721) », Crime, Histoire et Sociétés, vol. 1, n° 2, 1997, pp. 51-73.
[44] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 11573 (Jacob Lévy).
[45] Ibid., ms. 10708, ms. 10853, ms. 11003 et ms. 11111 (Nathan Morhange).
[46] Léon Kahn, Les Juifs de Paris sous Louis XV, op. cit., pp 18-20.
[47] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 11615 (Philippe Lipman Frenkel, Michel Bach et Isaac Borich).
[48] Ibid., lettre de juillet 1747.
[49] Ibid., lettre du 28 août 1747.
[50] Ibid., ms. 11610 (Joseph Buzaglo).
[51] Archives de la préfecture de Police (désormais APP), boîte Aa.5, notes sur les prisonniers de la Bastille (1661-1775), feuillet Joseph Buzaglo (1747).
[52] François Charles-Roux, France et Afrique du Nord avant 1830 : les précurseurs de la conquête, Paris, Alcan, 1930, pp. 287-289.
[53] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 11573 (Salomon Bernard Lévy) et Paul Hildenfinger, op. cit., pp. 70-71.
[54] Ibid., ms. 11351 et 11559 (Mayer Lion), Léon Kahn, Les Juifs de Paris au Dix-Huitième siècle, Paris, Durlacher, 1894, pp. 94-95 et Paul Hildenfinger, op. cit., pp. 75-76.
[55] APP, boîte Aa.5, Notes sur les prisonniers de la Bastille (1661-1775), feuillet Henriques Medina (1742).
[56] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 11518 (Henriques Medina).
[57] Ibid., ms. 10872 (Catherine Kaëlle).
[58] Ibid., ms. 10230, rapport de Buhot du 2 janvier 1756.
[59] Ibid., ms. 11585 (Anselem).
[60] Léon Kahn, Les Juifs à Paris au Dix-Huitième siècle, op. cit., pp. 52-54.
[61] Léon Kahn, « Goudchaux et la duchesse d’Orléans (1752-1755) », Annuaire des Archives israélites, 1894, pp. 34-45.
[62] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 11912 (Salomon Ravel).
[63] BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 12014 (Moïse Astruc).
[64] Gérard Nahon, « Papiers de la communauté des juifs portugais de Paris de 1785 à 1790 », Revue des Études juives, t. CXXIX, janvier-mars 1970, pp. 43-65.
[65] Ibid., ms. 12069 (Aaron et Israël Dalpuget).
[66] Lucien Bély, « Temple », dans Lucien Bély (dir.), op. cit., p. 1202.
[67] Nous avons relevé deux emprisonnements pour cette période : BnF, BA, archives de la Bastille, ms. 12453 (un nommé Cahaine est envoyé à la Bastille et Daniel Abraham, arrêté pour le vol d’une montre, est relégué).
[68] Vincent Denis et Vincent Milliot, « Police et identification dans la France des Lumières », Genèses, 2004/1, n° 54, pp. 4-27.
[69] Nicolas Rétif de la Bretonne, Les Nuits de Paris, Paris, Gallimard, collection Folio, 1986 (1re édition, Paris, 1788), cent quatorzième Nuit, p. 160.
[70] Sur les tenants des Lumières juives ou Maskilim, voir Simon Schwarzfuchs, Du Juif à l’israélite. Histoire d’une mutation 1770-1870, Paris, Fayard, 1989, pp. 39-57. Mais contrairement à l’auteur, nous pensons que les Juifs, notamment parisiens, avaient déjà anticipé l’émancipation tant par le mode de vie de certains que par leur introduction dans certaines franges de la société. Sur les lectures de Valabrègue, voir Paul Hildenfinger, La Bibliothèque de Bernard de Valabrègue, Paris, Librairie Leclerc, 1911.
[71] Adresse présentée à l’Assemblée Nationale, Paris, Praut, 1789, p. 7.
[72] David Feuerwerker, L’Émancipation des Juifs en France de l’Ancien Régime à la fin du Second Empire, Paris, Albin Michel, 1976, pp. 354-358.
[73] Ibid., pp. 382-384.


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