La thèse soutenue il y a quelques années par M. A.J. Zuckerman offre la possibilité de rediscuter un chapitre de l’histoire du Midi, que l’auteur a traitée d’une façon particulière, qui se prête aux controverses.

Grâce à ses larges connaissances des textes latins et de la riche bibliographie concernant la période ainsi que des sources hébraïques et de la littérature rabbinique médiévale, l’auteur crée une image de l’époque qui, de prime abord, paraît appartenir plutôt à la fiction. Mais au fur et à mesure que l’on lit l’ouvrage, ses théories exigent une réflexion, ainsi qu’un examen critique de ses sources et de ses méthodes de travail.

Partant d’un texte hébraïque du XIIe siècle d’Abraham ibn-Daoud (ben David), auquel il attribue une de témoignage pour les événements du VIIIe siècle*, M. Zuckerman étudie l’établissement dans la « Francie » d’une principauté juive, qu’il date de 768.

La conquête de Narbonne, en 759, fut entreprise par Pépin le Bref avec l’aide des Juifs, qui lui ont livré la cité ». Afin de continuer ses efforts contre les Musulmans d’Espagne, restés fidèles à la dynastie ommayade, le roi des Francs chercha l’alliance abbasside, dont l’un des avantages était le profit que l’on pouvait tirer du prestige de l’exilarque juif de Babylonie, descendant du roi David. C’est ainsi que l’arrivée en Occident, en 768, de l’exilarque Natronaï ben Zabinaï, déposé par les recteurs des académies talmudiques en Mésopotamie, et que l’auteur identifie avec Makhir (le nom du Juif, descendant de la maison du roi David et envoyé par le calife à Charlemagne, selon le récit de la chronique du xn* siècle), est interprétée comme une action commune abbasside-carolingienne, qui fut menée afin d’assurer la des Juifs de l’Espagne au roi des Francs*. Dès son arrivée, Makhir fut installé à Narbonne, où Pépin lui accorda un grand patrimoine foncier, malgré les protestations du pape Etienne ?? et le fit marier. Se fondant sur les chansons de geste du cycle de Guillaume d’Orange, M. Zuckerman arrive à la conclusion que Makhir, anobli et surnommé Théodoric (ou Thierry)*, a épousé la propre sœur de Pépin le Bref, Aude* ; apparenté ainsi à la famille carolingienne, le dirigeant (« Nassi ») juif, chef incontesté de la juiverie du royaume des Francs, devint en même temps comte de Septimanie et obtint en 791 privilèges qui, selon la reconstitution de leur teneur par l’auteur, l’original étant perdu1 % représentent le fondement du statut privilégié des Juifs en Languedoc et en Catalogne. <

Mort en 793, Makhir-Théodoric fut remplacé dans tous ses honneurs et offices par son fils Guillaume, duc de Toulouse et marquis de Gothie, le véritable commandant en chef des armées de Louis, roi ; l’auteur identifie ce Guillaume, fondateur de l’abbaye de Gellone, avec Isaac, le juif que Charlemagne employa dans une ambassade auprès d’Harun al-Rashidia, et le considère comme un Juif pieux, qui n’est jamais devenu moine et dont l’influence à la cour impériale été la raison des conversions au judaïsme, culminant avec celle du diacre Bodo en 838.


Ce Guillaume, à la fois le héros des chansons de geste, le diplomate chargé des missions en Orient et une de grande valeur intellectuelle et morale, créa, en sa capacité de « Nassi » des juifs, une académie à Narbonne et fonda une bibliothèque, qui fut ultérieurement transférée à Gellone.

Avec son successeur, Bernard de Septimanie, le mari de la pieuse Dhuoda, la dynastie des Makhiri arriva à l’apogée de son pouvoir. Malgré l’opposition du clergé, et en lieu d’Agobard de Lyon, Bernard < Naso » (surnom déformé du titre € Nassi » fut nommé chambrier de l’Empire, lieutenant de Louis le Pieux, gardien de l’impératrice Judith et de son fils Charles, et prit part aux guerres entre et ses fils. En même temps, il dirigeait effectivement toutes les communautés juives de l’Empire.

Néanmoins, son véritable pouvoir résida dans ses honneurs méridionaux, Toulouse, Septimanie et Marche d’Espagne, où il lia des liens particuliers avec le jeune Pépin d’Aquitaine. Cette fidélité amena sa condamnation comme traître par Charles le Chauve et son exécution à Toulouse.

L’auteur considère que le changement d’attitude de Charles le Chauve à l’égard des Juifs a été la conséquence de l’exécution de Bernard de Septimanie ; pourtant, cette concession à l’épiscopat, et surtout à la pression exercée par Hincmar, fut de courte durée et déjà vers 847 on remarque un revirement, dont M. Zuckerman pense qu’une de ses conséquences fut l’ascension de Salomon, comte de Confient, au marquisat d’Espagne (Narbonne comprise) ; identifié par l’auteur avec un certain juif Salomon du pays (comté) d’Auvergne, il est considéré comme apparenté à la famille de Makhir, voire le fils, soit d’une fille, soit d’une petite fille, de Makhir.

Après son assassinat en 868, Salomon, que les chansons de geste surnomment Bueuve Cornébut, fut remplacé par son fils, Bernard-Makhir, dit Plantevelue, comte d’Auvergne qui, après la mort en 872 de Bernard de Toulouse, fils de Bernard de Septimanie, réunit les trois marches méridionales ainsi que l’office de « Nassi » ». La portée de ce dernier office fut élargie, puisque Charles le Chauve annexa par le traité de Meersen (870) la Lotharingie, dont les communautés juives lui prêtèrent allégeance.

Après la mort de Bernard Plantevelue, vers 885, son fils Guillaume n’étant plus capable de maintenir son autorité sur la vaste quasi-royauté de son père, l’auteur remarque le processus de désagrégation de cette principauté juive, dont une branche collatérale, qu’il appelle « les Kalonymides », continua à exercer l’office de « Nassi » après le début du Xe siècle.


Si la description de M. Zuckerman n’était pas appuyée sur une très vaste documentation, on pourrait considérer son ouvrage comme au domaine de la fiction. Cependant, ses méthodes de travail méritent un examen critique, qui doit précéder toute appréciation quant aux conclusions de son étude.

Un événement reconnu comme authentique, la déposition et l’exil de l’exilarque Natronaï ben Zabinaï, qui trouva refuge en Espagne en 771, sert évidemment de point de départ aux conjectures de l’auteur ; il le rapproche du récit de l’appendice du < Sepher Hakabalah », dont l’authenticité, pour ce qui concerne les événements du VIIIe siècle, est loin d’être prouvée.

Selon ce récit, le calife de Bagdad, à la requête de Charlemagne, lui envoya un Juif de ses sujets, du lignage du roi David, nommé Makhir, que Charlemagne installa à Narbonne, gratifia d’un grand domaine, et fit marier à la fille d’un des grands de la cité. L’hypothèse que Natronaï et Makhir pourraient être la même personne peut légitimement être avancée.

L’auteur devrait cependant expliquer comment concilier le récit concernant un exilé, qui ne pouvait pas être déposé sans le consentement (au moins tacite) du calife, devant lequel il représentait les Juifs, et celui d’un sujet fidèle qui, selon la thèse fondamentale de M. Zuckerman, devait la fidélité des Juifs occidentaux à l’alliance carolingienne-abbasside et se trouver donc en bons termes avec l’exilarque et les deux recteurs des académies mésopotamiennes, à savoir ceux qui l’avaient déposé.

Pourtant, l’auteur ne pose pas cette question et se contente, en revanche, de mettre en évidence quelques exemples d’emploi des noms doubles, araméïques et bibliques, des personnages connus, afin d’avancer la conjecture, au conditionnel, que le nom biblique Makhir ait été le correspondant de l’araméïque Natronaï, tombé en désuétude en Occident. Dès que cette conjecture est proposée, le conditionnel tombe, et Makhir est identifié avec l’exilarque ostracise, Natronaï.

Le fragment annexé au « Sepher Hakaboalah » parle aussi du mariage de ce Makhir, que Charlemagne avait auparavant affranchi. L’auteur traduit le mot hébraïque « ben-khorin » non par « affranchi », mais par < anobli », ce qui serait synonyme dans la société féodale, afin de supposer que le mariage du « Nassi » avec la fille d’un des grands de la cité, comme le relate le texte, serait en réalité une alliance avec la dynastie carolingienne.

Aussi insinue-t-il que la propre sœur de Pépin le Bref, Aude, aurait été l’épouse de ce descendant du roi David. Encore une hypothèse que l’on a le droit d’avancer, à la condition que les époux soient de la même religion. Mais comment expliquer le consentement d’un roi carolingien à l’abjuration de la foi chrétienne par un des membres de sa famille et sa conversion au judaïsme?

Inutile de mentionner que le fait aurait fait du bruit, beaucoup plus que les protestations acerbes d’Etienne contre la concession de domaines aux Juifs dans la Narbonnaise.

Si, par contre, Makhir avait abjuré le judaïsme, le problème d’une principauté juive dans la France du Midi n’aurait pas existé ; une fois converti au christianisme, il serait chrétien à part entière. C’est ainsi que, faute d’accepter la version littérale du texte (dont il défend l’authenticité), à savoir le mariage de Makhir avec une fille d’un des grands propriétaires juifs de Narbonne, l’auteur suppose qu’il y eut mariage politique, sans expliquer qui aurait pu le célébrer, ni comment.

Aussi entre-t-il dans une nouvelle série de conjectures, appuyées cette fois-ci sur les chansons de geste, telles Aymeri de Narbonne et la Chanson de Guillaume. Elles l’amènent à voir dans la version du nom Makhir, « Al-Makhiri », le fondement d’une qui aboutit à Ayméri, ce qui lui donne la possibilité d’identifier Makhir avec Aymeri de Narbonne, le père de Guillaume d’Orange.

Or, puisque Guillaume d’Orange est le type littéraire et légendaire du comte carolingien Guillaume de Toulouse (le fondateur de Saint- Guilhem du Désert), son père Théodoric, l’époux d’Aude, est choisi par l’auteur pour devenir le personnage historique incarnant Natronaï- Makhir, qui est appelé dans l’ouvrage Makhir-Théodoric. La conjecture devient donc fait accompli.

Cette méthode, transformer le conditionnel des conjectures en certitudes, est employée aussi pour traiter des générations postérieures. Ceci dans le but de prouver par l’enchaînement des hypothèses conjecturales une théorie concernant l’existence d’une principauté féodale juive, dont l’étendue est fluide, mais qui parvient à couvrir les marches carolingiennes de Toulouse, de Septimanie et de Catalogne. Apparentés à la dynastie régnante, les chefs de cette principauté, tous par ailleurs membres de l’aristocratie franque, qui ont joué, chacun à leur tour, des rôles importants aux cours des rois et des empereurs, sont appelés par l’auteur « Nassi (ou magister fudaeorum), en même temps qu’ils sont les porte-étendards de la lutte constante contre l’Islam en Espagne.

La même méthode est employée pour établir la chronologie des événements. La date de la fondation de la « principauté » est fondée sur des renseignements tirés de quatre sources différentes que, par l’échafaudage d’un système de suppositions, l’auteur arrive à concilier.

Les Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Nafbonam lui offrent, malgré la date tardive de l’ouvrage et son caractère légendaire, un témoignage sur le partage de Narbonne en trois seigneuries, lors de sa conquête par Pépin le Bref en 759, dont l’une fut accordée au « roi des Juifs », qui se trouvait, par ailleurs, selon le récit des Gesta, dans la ville, ce qui devrait fort l’embarrasser.

Ce récit et la relation de la chronique du XIIe siècle, devaient donc imposer à M. Zuckerman la date de 759, comme le terminus a quo de de la principauté juive dans le Midi de la France. Mais, dans ce cas, comment concilier ce résultat avec sa théorie d’une fondée sur la double fidélité aux Abbassides et aux Carolingiens?

L’exil de Natronaï eut bien lieu en 771 et cette date est en concordance chronologique avec les personnages qui l’ont déposé. D’autre part, un document authentique, la lettre du pape Etienne, fait état en 768 des possessions foncières des Juifs dans la Narbonnaise, tenues par le privilège du roi et de ses fils.

C’est ainsi qu’il recule l’arrivée de Natronaï-Makhir en Occident de quelques années et interprète la prise de position du pape comme un témoignage de l’établissement, par le roi des Francs, de la principauté juive, en 768.

L’essai de M. Zuckerman de présenter la principauté makhirienne comme un élément féodal, avec la particularité d’être dirigée par des seigneurs juifs, ne serait pas en elle-même si étrange, puisqu’on sait que quelques territoires vassaux du royaume carolingien furent confiés à des ducs ou comtes nationaux. Tel fut notamment le cas de la Bavière ou de l’Aquitaine.


Cependant, depuis l’avènement de Pépin le Bref, la « commende », élément de première importance pour la constitution des rapports vassaliques, n’était plus seulement un acte laïque ; l’hommage et sa prestation avaient pris un caractère religieux, le serment était prêté dans la chapelle du seigneur et était incorporé à la liturgie catholique.

Comment donc expliquer l’existence d’une vassalité fondée sur un serment dont la nature n’était pas chrétienne, et ne pouvait pas l’être ? Makhir et ses descendants auraient-ils prêté serment more judaeorum ? Pareille hypothèse ne peut être facilement acceptée, en raison des structures de gouvernement de l’Etat carolingien, où l’Eglise était mêlée aux actes du gouvernement et participait activement à ses organes.

Par ailleurs, toute la conception politique de Charlemagne, depuis son Admonitio generalis, où l’orientation vers l’Impervum Christianum est nettement définie, s’oppose à une vassalité non chrétienne. Et ceci est encore plus accentué après la mort de Charlemagne, quand l’influence de l’épiscopat sur le gouvernement de l’Empire et des royaumes carolingiens ne fit que s’accroître.

Comment expliquer le « complot de silence » de tous les auteurs contemporains ?

Les Annales royales pouvaient évidemment cacher une vérité qui ne s’accordait pas avec les principes de gouvernement de la dynastie, d’autant plus qu’il se serait agi, dans ce cas, d’une mesure nécessaire au « salut public ».. L’autorité de Charlemagne pouvait réduire au silence toute protestation contre ses actes et même, ce qui semble beaucoup plus douteux, faire taire toute mention d’une réalité non conforme aux normes.

Mais comment expliquer que ce silence se soit perpétué tout un siècle, et même au-delà? Pourquoi le silence d’Agobard, dont la polémique antisémite est bien connue, et lui amena des polémiques avec Louis le Pieux, en raison des faveurs de l’Empereur aux Juifs? Cette question doit aussi être posée à propos du silence d’Hincmar, qui était un esprit indépendant et ne ménageait pas ses critiques, ni à l’égard de son roi, ni envers les Juifs.

Enfin, Pascase Radbert, abbé de Corbie, antagoniste acerbe de Bernard de Septimanie, qui n’avait pas ménagé ses mots à son égard, accusant même le chambrier impérial d’être « comme un Antéchrist avec ses méfaits », ne fait aucune allusion à ses origines juives, ni à son judaïsme.

Après réflexion, on peut objectivement parler de l’existence d’une principauté juive dans la France méridionale, à condition néanmoins de donner à cette expression un sens particulier.

Particulier, parce qu’il ne s’agissait pas de la création et du fonctionnement d’une unité féodale dans l’Empire carolingien, mais d’un essai pour organiser une forme de vie autonome des Juifs, surtout dans la région entre Rhône et Pyrénées, où la population juive était relativement dense.

On a déjà insisté sur la coïncidence entre l’époque de l’organisation des communautés et de da vie communautaire juives en Europe et celle de l’avènement des Carolingiens, cependant, dans la Narbonnaise, qui faisait jadis partie du royaume visigoth de Tolède et qui, pendant deux générations, a été dominée par les Arabes, le processus de l’organisation communautaire doit être raccordé à de l’Espagne.

Lors de la conquête de Narbonne et de la Gothie, Pépin le Bref trouva déjà une communauté juive implantée, surtout dans la métropole, dont les membres possédaient des biens fonciers, et qui était déjà assez bien structurée, au point que la tradition locale faisait état des « rois des Juifs ». Le roi franc leur confirma (entre 759 et 768) la jouissance de leurs alleux, ce qui amena les remontrances du pape Etienne III.

Ces changements, contemporains de la révolution abbasside en Orient ont eu, en même temps, leurs répercussions sur du judaïsme médiéval. En effet, la création d’un centre ommayade en Espagne eut comme résultat un certain relâchement entre d’une part, les centres juifs de la Mésopotamie, dont la prépondérance était due tant à la supériorité des académies talmudiques, qu’à l’allégeance nà l’exilarque, le dirigeant laïque du judaïsme et son représentant auprès de l’autorité politique, et, d’autre part, les communautés de l’Occident.


Les différents récits concernant la fondation de centres autonomes juifs en Occident se réfèrent à cette époque. A peu près en même temps que le centre mésopotamien et celui qui se développait en Espagne ommayade, les communautés du Languedoc ont été placées sous la direction du chef de la communauté de narbonne, lequel, à une date qui reste inconnue, a pris le titre de « Nassi » et fait valoir des droits (surtout dans le domaine de préséance) que lui accordaient l’appartenance au lignage du roi David.

La tradition locale fit de cette position sociale une pierre angulaire pour l’édification d’une dynastie aristocratique et, conformément aux récits concernant la diffusion de l’autorité juive de la Mésopotamie aux autres juifs, en fit un sujet du calife abbasside de Bagdad, envoyé à Charlemagne selon sa requête et casé par l’Empereur à Narbonne.

Ce chef de communauté (que la tradition du XIIe siècle appelle Makhir) fut le fondateur d’une dynastie, nommée même dans les textes diplomatiques des XIIe et XIIIe siècles < les rois des Juifs ».

Sur la foi de la chronique annexée au Sepher Hakdbbalah, le « Nassi » de Narbonne représentait les Juifs de la province auprès la cour royale (ou impériale), ce qui en faisait en somme un « prince des Juifs », mais surtout, il était en même temps le représentant des Juifs auprès des comtes et des seigneurs locaux, qu’ils fussent ecclésiastiques ou laïques.

Néanmoins, il serait plus difficile d’en faire le chef de toutes les communautés du royaume des Francs. En effet, on remarque que les communautés situées en dehors de l’aire géographique et culturelle de la Narbonnaise n’étaient pas tenues d’accepter l’autorité du Nassi de Narbonne, sinon volontairement et malgré la tradition de son haut lignage.


A partir du XIe siècle, quand le centre juif de la Rhénanie, de la Lorraine et de la France septentrionale eut ses propres dirigeants spirituels, la question ne se posa plus. Le « Nassi » de Narbonne, quoique respecté par les autres communautés, ne fut et ne resta que le chef du judaïsme occitan.

La désunion des communautés juives à cette époque a-t-elle précipité les futures persécutions?

Le XIe siècle voit les premières persécutions anti-juives en France et dans tout l’Occident.
En 1010, Alduin, évêque de Limoges, offre aux Juifs de son diocèse le choix entre le baptême et l’exil. Puis, en Normandie, le duc Robert Ier se serait concerté avec ses vassaux pour que tout Juif qui n’accepterait pas le baptême sur leurs terres soit éliminé. Les massacres les plus importants ont lieu dans la vallée du Rhin : des milliers de Juifs sont tués par les croisés et des communautés entières disparaissent.

D’autres régions de la France restent cependant plus accueillantes pour les Juifs : sous les comtes de Champagne, dont la province n’est rattachée au domaine royal qu’à la mort de Philippe le Bel, une communauté juive intellectuellement brillante prospère à Troyes. C’est aussi aux alentours de l’an mil que se constitue la communauté juive alsacienne.

Quant au Midi, de 1000 à 1300, il connaît un véritable « âge d’or » dans des villes comme Narbonne, Lunel ou Montpellier. Par contre, les Juifs habitent dans un quartier séparé à Nîmes, Montpellier, Narbonne, Toulouse et durant la semaine de Pâques, les habitants peuvent leur jeter des pierres dans les rues de Béziers.

La tranquillité qui règne encore en Champagne permet l’essor d’une littérature juive française, particulièrement de la poésie liturgique où sont évoqués les souffrances d’Israël et son espoir invincible. La grande figure qui domine la deuxième moitié du XIe siècle et tout le judaïsme français, est Salomon ben Isaac, dit Rachi de Troyes (1040-1106)…


Jusqu’à la fin du XIIe siècle, les Juifs du Languedoc et du comté de Toulouse connaissent la paix et la vie intellectuelle y est brillante.

Aussi le légat du pape qui lance la croisade des albigeois ne reproche-t-il pas seulement au comte de Toulouse d’avoir laissé se développer le catharisme mais aussi d’avoir favorisé les Juifs. Ceux-ci ne sont pas massacrés comme les cathares après la défaite, mais le comté de Toulouse passe, après la mort de Raymond VII, sous la possession d’Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis. Dès lors, les Juifs y souffrent d’un arbitraire semblable à celui qui règne à leur égard dans le royaume de Louis IX : imposition forcée et menaces d’expulsion, port de la rouelle.


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