Diaspora juive

Les Juifs et leurs petits royaumes au Sahara

Via l'encyclopédie Berbère

Les premières incursions juives en Afrique du Nord furent bien antérieures à la conquête arabe, comme peuvent en témoigner certains éléments épigraphiques et objets trouvés dans les ruines de Carthage ; elles ont été suivies de nombreuses autres, celles des Juifs persécutés et chassés par les Babyloniens puis les Grecs ou déportés et vendus par milliers dans les ports d’Afrique du Nord, par les Romains.

Après la destruction du second Temple par Titus, en l’an 70, et surtout consécutivement aux guerres de Cyrénaïque (115 et 118), une population juive, relativement importante, s’est dirigée vers l’ouest, a longé l’Atlas saharien, pour finalement se fractionner et se fixer dans les régions du Mzab, du Touat, du Tafilalet, du Dra’ et du Sous, rejoignant des populations amies, juives et berbères, installées de longue date.

Les juifs du Touat

Le Touat-Gourara-Tidikelt, province du Sahara aujourd’hui rattachée à l’Algérie, se trouve à un millier de kilomètres au sud de la Méditerranée. Sa population constituée initialement d’Africains – les Haratines* –, de Berbères zénètes et de Juifs a fait, grâce à son dynamisme, la prospérité d’une région devenue la plaque tournante du commerce transsaharien du XIIe au XIVe siècle, au temps où les caravanes sillonnaient le désert pour approvisionner l’Afrique en sel, cotonnades, cuivre et verroterie, et satisfaire les énormes besoins des royaumes musulmans du Maghreb et de l’Espagne en ivoire, plumes d’autruches et surtout, or en poudre [tiber] et esclaves noirs.

* Les haratine [sing. Hartani] sont des mélano-gétules d’origine africaine.

L’histoire de l’entité juive touatienne n’a été vraiment connue qu’après l’arrivée des Français, en 1900, la découverte de certains documents d’archives et la mise au jour d’une pierre tombale gravée en hébreu, par E.-F. Gautier en 1903 à Ghormali.

Les récits des chroniqueurs arabes locaux – collectés par A.G.P. Martin -, notamment celui du Tamentiti, ont permis de faire la lumière sur ce passé :

« Les Indigènes racontent que les ksour de Tamentit furent créés par les juifs l’année de l’éléphant. C’est ainsi que les Arabes désignent l’année au cours de laquelle eut lieu l’expédition qu’Abraha, prince éthiopien, entreprit contre La Mecque pour renverser le temple de la Kaaba ; Abraha montait un éléphant blanc. »

« Les populations arabes trouvèrent dans ce pays une partie de celles qui l’avaient mis en culture dès le début : c’étaient les Beni Israël »

D’après le voyageur Helal ben Messaoud, venu de Mossoul (Irak) au Touat en compagnie d’exilés juifs qui « s’est arrêté en l’année 131 [748-749 après J.-C] à Takhfif, que les juifs avaient déjà évacué ; il amenait avec lui des commerçants juifs qui s’y installèrent et y résidèrent. Ils y trouvèrent mention sur les tombeaux des Juifs qui avaient abandonné ce pays, que ceux-ci y étaient arrivés en l’année 4429 de la sortie d’Adam […]. C’était vers l’an 5 après J.-C. que les juifs en question étaient arrivés à Takhfif ».


« Mon hôte, le Mrabet Sidi Youssef, avait appris de son aïeul que ces Juifs avaient été les premiers habitants du Touat et qu’ils y existaient comme nation en 260 [905]. J’ai pu voir moi-même leurs synagogues et leurs boutiques à arcades. »

En l’absence de sources d’origine hébraïque, assez discrètes en général – en dehors de quelques documents provenant des autorités rabbiniques d’Alger, datés des XIVe et XVe siècles et attestant l’existence de relations entre les communautés du Touat-Gourara et celles du Maghreb (notamment du Mzab, du Dra’, de Tlemcen, Alger et Sijilmassa), ces chroniques, qui ne renseignent pas sur les périodes antérieures aux premières arrivées de musulmans au Touat – Xe siècle -restent précieuses.

Néanmoins, malgré quelques incertitudes, certains épisodes d’histoire locale, sont assez bien connus :

  • – L’arrivée des Zénètes après le Ve siècle : venus de l’Est, ils auraient introduit dans ces régions le chameau et le palmier qui devaient révolutionner le Sahara avec la création des oasis et le développement considérable des expéditions caravanières.
  • – Celles, aux siècles suivants, des juifs d’Irak (VIe siècle Mossoul), d’Espagne (613 et 694), d’Arabie (675), autant d’immigrants qui ont apporté des techniques utiles au développement économique de la région.

De fait, l’histoire des juifs du Touat ne sera vraiment connue, de la façon la plus probante, qu’au cours XXe siècle, grâce à quelques découvertes exceptionnelles :

  • – La relation d’Antonio Malfante, marchand génois envoyé à Tamentit en 1447 pour tenter de trouver une source d’approvisionnement en or africain indépendante des États maghrébins, nous renseigne sur le système d’échange des marchés de Tamentit, le commerce caravanier transsaharien, les grands centres commerciaux du bassin du Niger…

Malfante a pu juger de visu la situation au Touat et se rendre compte du rôle joué par les Maqil (qu’il nomme Philistins), de l’interdépendance des négociants juifs avec leurs associés musulmans.

La relation du marchand génois reste le témoignage unique et précieux de la prospérité touatienne et du rôle joué par les juifs, moins d’un demi-siècle avant la fin de leur étonnante aventure, en 1492.

  • – Une lettre de 1235 trouvée dans la Guenizah du Caire fait état d’un commerce caravanier transitant par le Touat, pour échanger l’or africain et le safran, les lingots d’argent… envoyés de Marrakech, contre des perles, des foulards et des tapis d’Orient expédiés de Fustat (Le Caire)…

Écrit en caractères hébraïques et en langue arabe, le document est riche de renseignements sur le commerce caravanier (Égypte-Maroc par le Touat), les incidents de parcours, les prix, le rôle des juifs, qui étaient commanditaires, transitaires, correspondants locaux ou simples chameliers…

  • – [Mimoun ben Shmouel, ben Braham, ben Kouby…], le texte de la stèle gravée en hébreu en 1390 à Tamentit où elle fut mise au jour en 1988, confirme s’il en était besoin, l’existence, au xive siècle, de rabbins érudits et de spécialistes en lithographie.
  • – Un chant d’Ahellil (halléluïa), toujours en usage chez les Berbères zénètes du Gourara, chante la gloire de Salamo (Salomon ?) ; il pourrait remonter à l’époque du premier Temple de Jérusalem, dont la destruction (en 587 avant J.-C.) entraîna un exode massif des populations juives, dont certaines, probablement, ont pu fuir vers l’Afrique du Nord (et peut-être le Sahara…)
  • – La cartographie : leur parfaite connaissance du Sahara a permis aux juifs touatiens – dont certains avaient leur commerce des deux côtés de la Méditerranée – de renseigner utilement les cartographes majorquins (Abraham Cresques, Mecia de Villadestes, Angelino Dulcert…) ; dès les XIIIe et XIVe siècles, ceux-ci ont pu réaliser des cartes et atlas plus précis et complets que les traditionnels portulans qui ne représentaient que les côtes et les ports du Maghreb, l’intérieur demeurant terra incognita.

Ces progrès devaient grandement faciliter les premiers voyages d’Européens vers l’Afrique noire :

  • – dès 1446, le Portugais João Fernandès a séjourné en Mauritanie chez un hôte connu sous le nom de Ahude (le Juif) Maïmoun.
  • – en 1447, Malfante, déjà cité, est arrivé au Touat
  • – en 1455, Ca da Mosto, un Vénitien, choisit la voie maritime pour arriver à Ouadane en Mauritanie et s’approcher du pays de l’or.
  • – en 1470, le Florentin Benetto Dei aurait atteint Tombouctou…

La montée des périls

Au Touat, depuis assez longtemps déjà, le bel équilibre était menacé par les arrivées continuelles de tribus nombreuses et souvent turbulentes, ce qui devait aggraver les tensions : conflits et affrontements se sont succédé tout au long du XIVe, rendant particulièrement inconfortable la situation des Juifs, désormais minoritaires et regroupés dans un quartier de Tamentit, pour échapper aux attaques.

Aucun étonnement donc, a priori, lorsque Léon l’Africain* qui a séjourné dans le Gourara, annonce la fin du petit royaume juif saharien. Les détails de l’événement ne seront connus que plusieurs siècles plus tard :

L’aventure des Juifs touatiens a été brutalement interrompue en 1492, par le fanatisme de certains de leurs voisins musulmans conduits par un prédicateur venu de Tlemcen, le cheikh Abdelkrim el-Maghili.


Installé à Tamentit en 1479, ce religieux se scandalisait d’y voir des « Juifs arrogants » auxquels n’était pas appliqué, comme dans tout le Maghreb, le statut infamant des dhimmis. Vers 1490, il saisira le prétexte de la construction (autorisée par le qadi Al Asnouni) d’une nouvelle synagogue à Tamentit, pour consulter les oulémas [docteurs de la loi] de Fès, Tlemcen, Ténès et Tunis. Deux réponses défavorables au projet des infidèles d’élever leur temple dans un pays où triomphe l’islam constituèrent l’encouragement attendu par el-Maghili, qui souleva ses partisans pour les pousser à détruire l’édifice et s’opposer à une éventuelle résistance. Le succès inespéré de l’opération l’incita, le lendemain, à ordonner le massacre, en promettant 7 mitkals d’or (environ 30 g) par tête de Juif assassiné.

Ainsi s’est terminée cette prodigieuse épopée des Juifs du Touat, dont les rescapés se sont partagés entre :

  • – une adhésion à l’islam, pour demeurer au Touat, ce qui ne préservera en rien ces Mohagrin (humiliés) du mépris de leurs voisins ;
  • – l’exode éperdu à travers le désert, pour tenter de rejoindre soit les communautés du Nord (Mzab, Tafilalet, Dra’, Sous…), soit des groupements installés en Afrique noire ou, à la lisière du désert, chez les Touaregs.

Les Juifs du Dra’, du Sous

Le territoire fut, dit la légende, partagé « coudée par coudée », d’où son nom : DRA’. Certains documents et récits – notamment un manuscrit en langue arabe et caractères hébreux daté de 1180 et dont il a existé plusieurs exemplaires ou variantes – relatent l’histoire des Juifs du Dra’ (Oued Zitoun).

L’ouvrage nous ramène à une époque (bien antérieure à la conquête musulmane) où deux peuples, les Juifs et les Chrétiens, tour à tour rivaux ou associés, se sont disputé cette région.

Dès le début, les historiens arabes parlent de Kamnouriyya dont les habitants suivaient la Torah.

Ces royaumes juifs du Sud marocain (Dra’, Sous…), qui ont pu avoir des prolongements en Mauritanie ont été anéantis au moment de la poussée almo-ravide (XIe siècle).

La diaspora saharienne et soudanaise :

  • – en Mauritanie, les M’almin (ces forgerons appelés Ihud jusque dans les années 1950) et dont beaucoup semblaient avoir reçu en héritage les techniques et les motifs de décoration traditionnels des Juifs du sud marocain.
  • – il ne fait guère de doute que, parmi les Touaregs de nombreux groupes dont les Inaḍen et, probablement, les Ida Ousahak (Igdalen de l’Aïr), sont issus du Touat.
  • – en 1864, une tribu d’origine juive, les Daga, vivant parmi les Touaregs Iwellemmeden, fut découverte par le rabbin Mardochée.
  • – près du lac Fati, dans la boucle du fleuve Niger, d’autres Juifs touatiens qui avaient trouvé asile parmi les Beni Israël subiront une nouvelle persécution en 1496, à l’instigation, encore une fois, d’El Maghili.

Que reste-t-il de cette extraordinaire épopée ?

Au Touat


Le réseau particulièrement ingénieux de canalisations souterraines, les fogagir (sing. Foggara), idéalement adapté au terrain, au climat et aux besoins en eau des agriculteurs et des éleveurs, a contribué grandement à la réussite économique et à la renommée du Touat.

  • – Quelques toponymes toujours en usage, dont un d’origine hébraïque, pourrait remonter à la destruction du Temple de Jérusalem : Fenoughil, et d’autres, arabes ou berbères, rappelant la présence juive ancienne : Ksar Lihoud (le fort des Juifs), Rjem Lihoudi (le tombeau du Juif), Theirat Lihoud (le passage des Juifs)…
  • – Une formule : « le temps des Juifs », dont se servent encore les Musulmans quand ils évoquent avec quelque nostalgie – l’abondance et la splendeur passées…
  • – Un reste de tradition juive dans quelques villages du Touat-Gourara (Igosten, Brinken…) où les habitants n’allument pas de feu le samedi.

Migrations des Juifs au Sahara et en Afrique de l’Ouest après 1492.

À travers le Sahara

Les nombreux descendants des rescapés qui conservent le souvenir de leurs origines juives : Daga, Ida Ousahaq et Igdalen, Inaḍen…

  • – Il en a été de même dans l’Adrar de Mauritanie, comme en attestent à la fois les travaux de Colombani, Lucas, Puigaudeau, Richer… et certains éléments qui tiennent à la tradition, l’artisanat ou la toponymie : les bijoutiers-forgerons, appelés Yhud jusque dans les années 1950 et quelques toponymes tels Bir ‘Amran et Oudeï Ouled Moussa, dont le nom berbère (littéralement Juifs fils de Moïse) rappelle l’immigration, en 675, des Juifs d’Arabie occidentale, les Beni Moussa [alias Beni Kheïbar, ou Hedjaji]
  • – Le nom Tabeski, tafaska (dérivé de Pessah) donné par les populations berbérophones à la plus importante fête musulmane.

D’après Henri Lhote. Les gravures rupestres de l’Atlas saharien…, Alger, Office du Parc National du Tassili, 1984 (291 p.), p. 158 « Station du Rocher des Pigeons ».

Inscription rupestre à caractères Lybico-berbères et hébraïques (lignes 15, 16, 17).

En Europe et ailleurs

Parmi les descendants de rescapés juifs du Touat,

  • – Certains portent encore des patronymes rappelant leur origine saharienne : Abani, Gourari, Tamesti, Touati (variantes : Ettouati, Touitou…), Zenati… À l’instar de ceux en usage au Maghreb (Bahloul, Beranès, Medioni, Mimouni, Zeroual…), ils rappellent les liens « préislamiques » entre Berbères et Juifs.
  • – D’autres continuent, à l’occasion de la fête de Pessah, à émettre le vœu, de se retrouver « L’an prochain à Tamentit », au lieu du classique « l’an prochain à Jérusalem »…

Ces juifs de la tribu de David …

On parle peu et on sait peu de choses sur la présence juive en Afrique, pourtant le rôle de ces communautés était important dans l’antiquité. Il est probable qu’après l’exode d’Egypte et après la destruction du premier Temple (586 av. J.-C.), des groupes de Juifs se sont déplacés vers la Cyrénaïque et le Maghreb à la suite d’une vague de marchands arabes venant de Mossoul.

Selon une ancienne tradition de Touggourt, région du Sahara oriental algérien, la population juive est si ancienne qu’elle peut être considérée comme la plus ancienne de la région.

Ibn Khaldun soutient que, lorsque les Arabes pénétrèrent sur les terres des Berbères, au VIIe siècle, beaucoup de ces tribus étaient juives ou fortement influencées par le judaïsme :

« Il est possible d’ailleurs que d’autres de ces tribus berbères croyaient à la religion juive dont ils auraient hérité des Israélites au moment de l’expansion de leur royaume. Ce fut le cas de la tribu Kahina, exterminée par les Arabes au début de leur conquête ».

Même selon Léon l’Africain, beaucoup de ces régions étaient juives, avant d’être musulmanes, et dans l’Atlas il y avait des tribus guerrières qui prétendaient descendre du roi David.

De nombreux commerçants et artisans juifs vivaient à Wadi Nun, où avait lieu le rassemblement annuel des caravanes marocaines se rendant à Tombouctou et Oualata. Léon l’Africain déclare :

« On dit que […] c’étaient des Juifs de la lignée de David ; mais après que les mahométans eurent acquis ce pays, les habitants se livrèrent à la foi de Mahomet. Il y a beaucoup d’hommes instruits dans la loi, et la plupart retiennent très bien par cœur les décrets et les textes de la loi ».

La communauté juive fut ensuite exterminée par les Almohades en 1050 et après un siècle de nombreuses communautés juives à Kairouan, Sfax, Gabès, Meknès, Fès et Marrakech avaient quasiment disparu. De nombreux juifs abandonnèrent ces régions pour s’installer en Inde, certains restèrent cependant en Afrique, notamment dans la région du Touat (Algérie), où ils furent très actifs jusqu’au XVe siècle, lorsque la route Tlemcen-Touat-Niger constituait l’un des principaux axes du commerce saharien.


250 000 pages de documents commerciaux ont été découvertes dans les ghenizot (dépôts) d’une synagogue du Caire datant des XIe et XIIe siècles, enregistrant des « avoirs » marchands transsahariens gérés par des agents juifs basés à Touat.

L’activité fut si intense que les juifs de Touat se tournèrent vers le rabbin d’Alger pour étudier leur situation quant aux risques de profanation du shabbat : comme il n’était certainement pas possible d’abandonner la caravane pour respecter le jour de repos, le rabbin Isaac Bar-Sheshet Barfat (1326-1408) déclara que les caravaniers pouvaient continuer leur voyage à condition que le voyage ait commencé au moins trois jours auparavant.

À partir de la fin du XIVe siècle, les persécutions contre les Juifs s’intensifièrent en Espagne et, peu de temps après, l’Inquisition poursuivit son œuvre ; de nombreux majorquins se sont ensuite installés au Maghreb, où au début ils ont été bien accueillis par les dirigeants locaux. La population juive de Touat augmenta jusqu’en 1492. Cette même année, cependant, les Juifs de Gourara commencèrent à être persécutés par le sultan local Cheikh Abd-al-Karim al-Menghili qui, les accusant de pratiquer l’usure, détruisit les synagogues de Touat et offrit sept mitqals d’or à quiconque tuerait un Juif. Cela provoqua une crise majeure dans le commerce nord-sud saharien, qui subissait déjà de lourdes répercussions du déplacement progressif des routes commerciales vers l’est, vers le Caire.

Dispersés dans le bas Maghreb, les Juifs devinrent des constructeurs de puits et de canalisations, les fameuses foggaras réparties dans toute la ceinture nord-saharienne, un art dont ils donneront encore de belles preuves au XIXe siècle, notamment dans les grandes zones de production au long du fleuve Niger, développées pour adapter la production nécessaire à l’approvisionnement des caravanes vers et depuis l’Egypte. Ils étaient en mesure de creuser des puits, comme dans le cas de Tendirma (Mali), jusqu’à 70 mètres de profondeur.

La présence juive se fait alors plus rare, beaucoup se convertirent ou perdirent leur identité se mélangeant à la population locale. Au début du XIXe siècle, Mungo Park constate pourtant encore la présence de juifs à Tombouctou, sous la protection des Touareg et des Mauri, dont ils ne se distinguaient pas tout en continuant à pratiquer l’endogamie. Le rabbin itinérant Mardochée Aby Serur, compagnon de voyage de Charles de Foucauld, arrivé à Tombouctou en 1860, raconte avoir été hébergé par la tribu des Daggatun, dont les membres se proclamaient descendants des Juifs. Daggatun signifie : « Ceux qui ont changé de religion ».

Aujourd’hui pratiquement inexistants dans cette vaste zone désertique, ou incorporés par les populations locales, les « descendants du roi David » ont pourtant joué jusqu’à une époque récente un rôle de premier plan, commercial et autre.


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