Ce jour-là—le 2 novembre 1945 : La naissance d’un nouvel ordre mondial
L’année 1945 est une année charnière marquée principalement par la fin de la Seconde Guerre mondiale et la naissance d’un nouvel ordre mondial. Voici les événements majeurs de cette année :
- 27 janvier 1945 : L’Armée rouge libère le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, révélant l’ampleur de la Shoah.
- 4 au 11 février 1945 : La conférence de Yalta réunit Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline pour organiser l’après-guerre en Europe.
- 8 mai 1945 : Fin officielle de la Seconde Guerre mondiale en Europe avec la signature de la capitulation de l’Allemagne nazie (Victoire des Alliés).
- 8 mai 1945 : Émeutes et massacres de Sétif et Guelma en Algérie, marquant une violente répression française et une fracture majeure.
- 26 juin 1945 : Signature de la Charte des Nations unies à San Francisco par 50 pays, donnant naissance à l’ONU (Organisation des Nations unies).
- 6 et 9 août 1945 : Les États-Unis larguent des bombes atomiques sur les villes japonaises d’Hiroshima (6 août) puis de Nagasaki (9 août).
- 2 septembre 1945 : Capitulation officielle du Japon, qui marque la fin définitive de la Seconde Guerre mondiale.
- 20 novembre 1945 : Ouverture du procès de Nuremberg pour juger les principaux responsables nazis.
Le 2 novembre 1945 :
Des foules arabes à Tripoli et Benghazi, occupées par les Britanniques, ont massacré plus de 130 Juifs en trois jours de violence barbare. Des synagogues ont été incendiées, des maisons pillées, et des familles entières ont été anéanties. Les Britanniques sont intervenus lentement et de manière inadéquate.
Ces faits correspondent à l’un des massacres de Juifs les plus violents de l’histoire moderne de l’Afrique du Nord. Les troubles ont éclaté le 2 novembre 1945 en Égypte (lors de manifestations antisionistes à l’occasion de l’anniversaire de la Déclaration Balfour) avant de se propager violemment en Tripolitanie (Libye actuelle), principalement entre le 4 et le 7 novembre 1945.
Le bilan humain : Plus de 130 à 140 Juifs ont été sauvagement assassinés, incluant des femmes, des enfants et des personnes âgées. On dénombre également des centaines de blessés.
Les destructions matérielles : Cinq à neuf synagogues ont été incendiées, des dizaines de rouleaux de la Torah ont été profanés, et plus de 1 000 habitations et commerces juifs ont été pillés ou réduits en cendres.
La responsabilité britannique : La région était alors sous administration militaire britannique. Les forces de sécurité ont été très largement critiquées pour leur passivité et leur lenteur à intervenir. Elles n’ont instauré le couvre-feu et réprimé les émeutes qu’au bout de trois jours de violences généralisées.
Cet événement a brisé la coexistence séculaire entre les communautés musulmane et juive en Libye. Face à ce traumatisme et après de nouvelles émeutes en 1948, la quasi-totalité de la communauté juive libyenne (plus de 30 000 personnes) a définitivement fui le pays entre 1949 et 1952, principalement vers l’État d’Israël naissant.
La violence contre les Juifs s’est propagée dans le monde arabe.
En effet, l’immédiat après-guerre marque un tournant tragique pour les communautés juives du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (les Juifs Mizrahim et Séfarades). La violence de novembre 1945 ne s’est pas limitée à la Libye ; elle s’est inscrite dans une vague d’émeutes et de pogroms coordonnés ou simultanés à travers plusieurs pays arabes, alimentée par la montée du nationalisme arabe, l’action de groupes islamistes et les tensions croissantes autour du sort de la Palestine.
Ces événements ont profondément déstabilisé des communautés installées dans la région depuis plus de deux millénaires :
En Égypte (2-3 novembre 1945) : Les violences débutent précisément au Caire et à Alexandrie lors de manifestations antisionistes pour l’anniversaire de la Déclaration Balfour. Organisées par des mouvements comme les Frères musulmans et le parti de la Jeune Égypte, ces émeutes dégénèrent en violences antijuives. Une synagogue achkénaze est incendiée au Caire, des centaines de commerces sont pillés et les affrontements font plusieurs morts et des centaines de blessés.
En Libye (5-7 novembre 1945) : Directement après les événements d’Égypte, le pogrom de Tripoli éclate et s’étend aux villes environnantes (Zanzur, Zawiya, Amrus). C’est le massacre le plus sanglant de cette vague, faisant plus de 130 à 140 morts.
En Irak et en Syrie : Des pressions politiques et nationalistes intenses s’exercent sur les élites juives locales pour les forcer à se désolidariser publiquement du sionisme sous peine de représailles. Ces événements font écho au traumatisme du Farhud de 1941 à Bagdad (un violent pogrom qui avait coûté la vie à près de 200 Juifs irakiens)
Deux ans plus tard, le 24 novembre 1947, le chef de la délégation égyptienne à l’ONU a averti que l’établissement d’un État juif menacerait « la vie de millions de Juifs dans les pays musulmans » et « créerait dans ces pays un antisémitisme encore plus difficile à déraciner que l’antisémitisme que les Alliés ont tenté d’éradiquer en Allemagne ».
Cette prophétie s’est réalisée presque immédiatement.
Après le vote de partition de l’ONU du 29 novembre, les communautés juives à Aden (plus de 80 tués), Bahreïn, Syrie et en Égypte ont été attaquées. En Palestine sous mandat, les Juifs ont été attaqués en quelques heures. Les cibles étaient des civils juifs, y compris des embuscades sur des bus, des massacres sur les marchés, des convois embusqués, et les corps étaient souvent mutilés. Le cri de guerre était « Itbah al-Yahud »—égorgez les Juifs.
Le secrétaire général de la Ligue arabe a déclaré contre les Juifs :
« une guerre d’extermination et un massacre mémorable qui sera souvenu comme les massacres mongols et les Croisades ».
Les anciennes communautés juives dans ce qui était devenu le monde arabe ont été de là attaquées systématiquement et nettoyées ethniquement.
L’impact à long terme :
Cette rupture de la coexistence historique sous l’effet des violences et des spoliations a déclenché ce que les historiens nomment l’exode des Juifs des pays arabes et musulmans. Entre la fin des années 1940 et les années 1970, près de 850 000 à 900 000 Juifs ont été contraints de fuir ou ont été expulsés de ces régions, trouvant refuge majoritairement dans l’État d’Israël naissant ainsi qu’en Europe et en Amérique.
Personnes n’a jamais parlé de « réfugiés » …
Différences institutionnelles et juridiques
L’UNRWA (pour les réfugiés palestiniens) : Cette agence dispose d’un mandat spécifique. Contrairement au HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), l’UNRWA transmet le statut de réfugié de génération en génération à la descendance en ligne paternelle, en attendant un règlement politique du conflit.
Le HCR (pour les réfugiés juifs des pays arabes) : Les Juifs ayant fui les pays arabes et musulmans ont été reconnus par l’ONU comme relevant du mandat du HCR. Cependant, leur statut de réfugié a rapidement pris fin d’un point de vue juridique, car la grande majorité d’entre eux a obtenu une nouvelle nationalité (israélienne, française, américaine, etc.), ce qui annule le statut de réfugié selon le droit international.
Des organisations comme la JJAC (Justice for Jews from Arab Countries) soutiennent que le déplacement des Juifs des pays arabes constituait un échange de population de fait avec les réfugiés palestiniens. Elles dénoncent une asymétrie mémorielle et financière de la part de la communauté internationale, l’UNRWA ayant perpétué l’assistance aux Palestiniens tandis que l’intégration des Juifs des pays arabes a été prise en charge par Israël et des organisations privées.
La fabrique du terrorisme démarre à l’ONU …
La pérennisation du statut de réfugié : Les détracteurs de l’UNRWA, notamment de nombreuses organisations israéliennes et des analystes politiques occidentaux, soutiennent que le statut unique accordé aux réfugiés palestiniens (transmis de génération en génération) empêche leur intégration dans les pays d’accueil arabes. Selon cette critique, le maintien de millions de personnes dans des camps de réfugiés crée un terrain fertile pour le ressentiment, le nationalisme radical et l’enrôlement par des groupes armés terroristes.
Les accusations d’infiltration et d’incitation : Plusieurs rapports et enquêtes ont régulièrement accusé des installations, des écoles ou des manuels scolaires de l’UNRWA de propager des contenus antisémites ou d’inciter à la violence. Des critiques affirment que certains employés locaux de l’agence ont été liés à des mouvements comme le Hamas. Ces accusations ont été ravivées lors d’enquêtes récentes menées à la suite des attaques du 7 octobre 2023, poussant plusieurs pays à suspendre ou réévaluer leurs financements, et conduisant à des réformes législatives strictes en Israël concernant les activités de l’agence.
L’exceptionnalisme de l’UNRWA : La création d’une agence unique pour un seul groupe de réfugiés, avec des critères de transmission héréditaire du statut qui n’existent pas pour le HCR (qui gère tous les autres réfugiés du monde), est perçue par Israël comme un outil politique. Selon cette analyse, pérenniser ce statut vise à maintenir un « droit au retour » de millions de descendants, ce qui, s’il était appliqué, modifierait la démographie d’Israël et remettrait en cause son existence même en tant qu’État juif.
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